Sumô: gros lutteurs = gros ou petits sous???
GRADES ET REVENUS
Autres articles sur le sumô, dans l'ordre de lecture conseillé:
l'historique
lieu et fréquence des tournois
poids des lutteurs et costume
QUELS SONT LES DIFFÉRENTS GRADES ?
Je me contente ici de reproduire le tableau qui figure dans l’édition française du livre de Kirishima. Il est trop bien fait. (les chiffres datent de 95 ou 96). Je conserve aussi ses choix de traduction. Par exemple, contrairement à l’usage anglais, la traductrice réserve le terme de « grand champion » à « ôzeki » dont c’est quasi la traduction littérale, choisissant « champion suprême » pour « yokozuna »
Ce tableau permet de mieux se rendre compte d’un premier élément : jusqu’à près d’un millier de débutants et non titulaires, entre 40 et 50 titulaires, les chiffres sont éloquents et se passent presque de commentaires. Il y a vraiment beaucoup d’appelés et peu d’élus !
« dans le monde du sumô, les portes sont extrêmement étroites. Sur les quelque neuf cents lutteurs qui y évoluent en ce moment , seul un sur treize pourra atteindre le niveau des titulaires – même en comptant ceux qui ne réussissent que de façon éphémère, le temps d’une saison. », écrit Kirishima. On prend bien conscience aussi de la différence de revenu entre les non titulaires et les autres.
Signalons également qu’à ce classement s’ajoutent les deux catégories Est et Ouest, cette dernière étant considérée comme un demi - degré inférieur à l’Est.
COMMENT FRANCHIT-ON LES DIVERSES ÉTAPES DE CETTE CARRIÈRE ?
C’est au vu des résultats lors des tournois.
Tout est très sévèrement examiné par l’Association de sumô. Le classement est entièrement refait d’un tournoi à l’autre. Il beaucoup plus facile de reculer que d’avancer.
POURQUOI TANT DE CANDIDATS ?
Comme nous le voyons dans ce tableau, l’aspect financier peut être une motivation, même si les débuts rapportent peu : logés, nourris, vêtus, et pour un apprenti du 3e degré 85 000¥ à chaque tournoi (6 par an), pour un aspirant 120 000¥ (chiffres de 95-96). Il y a aussi une forme de prestige dont est entouré ce métier aux yeux du public. Ils peuvent devenir des vedettes très courtisées… et bien rémunérées.
QUELS SONT LES SUPPLÉMENTS DE REVENUS ?
- Kenshô, prime donnée au gagnant.
Elle est fournie par des sponsors, le plus souvent des entreprises qui trouvent là une forme de support publicitaire. En effet, avant l’affrontement de deux lutteurs, un « yodibashi » fait le tour du dôhyô en portant une bannière affichant le nom du généreux donateur. Plus le lutteur est populaire, plus les « kensho » sont nombreux. Le record serait de 26 en 1967. Record battu au tournoi de janvier 2004 par son champion qui en a eu 28 l’avant-dernier jour. Et encore battu en 2005. Chacune de ces enveloppes contient 60 000 ¥ (chiffre indiqué pour 1996). Sur la somme après déduction d’impôts, le lutteur recevra la moitié.
- Le «ginô shô » = « Prix de la technique » pour celui qui a montré les techniques les plus variées,
le « shukun shô » = « Prix du mérite » pour celui qui a battu le plus de ôzeki et yokozuna,
le « kantô shô » = « Prix du courage » pour celui qui s’est distingué par des résultats remarquables, sont des prix attribués en fin de tournoi.
Ils sont matérialisés, en dehors d’une coupe volumineuse comme les Japonais aiment en faire et en remettre, par une prime de deux millions de yens.
- Le « yûshô » ou « Grand prix » pour le grand vainqueur de la session. Récompense : 10 millions de yens, et de nombreux avantages en nature (voiture, riz pour toute l’année pour lui et sa confrérie (« heya), sake, bière, etc.).
- Le « kinboshi » ou « Etoile d’or » : c’est la victoire d’un champion ordinaire sur un yokozuna, récompensée par une prime de 2 millions de yens, ET une prime permanente qui s’ajoute au salaire de base. Inutile de dire que c'est particulièrement recherché!
DE QUOI VIVENT LES DEBUTANTS NON RÉTRIBUÉS ?
Ils vivent en communauté au sein de la confrérie (« heya ») dans laquelle ils sont entrés. Ils sont nourris (ils mangent ce que les titulaires ont bien voulu laisser dans le chaudron), logés (en chambre dortoir), habillés (très simplement). Ils devront passer une sorte d’examen d’admission pour devenir apprenti.
AUTRES AVANTAGES:
Y A-T-IL D’AUTRES DIFFÉRENCES QUE LE SALAIRE SELON LE GRADE ?
Oui.
Par exemple l’aspirant qui devient titulaire (jûryô) se voit attribuer les avantages sui-vants :
- un bon salaire. Kirishima écrit « Un salaire deux ou trois fois plus élevé que celui que touche généralement un jeune de cet âge. »
- « On vous affecte également deux assistants (tsukebito). » Le makushita qui est au service d’un de ses aînés est un peu comme une bonne pour lui, il a la charge de toutes les petites besognes, petites corvées : les servir à table, laver son linge, lui laver le dos au moment du bain, lui passer la serviette et la reprendre au moment des combats , etc.
- « Lors des repas, vous avez le privilège de vous mêler aux autres titulaires (sekitori) et de vous installer avant les autres, avec vos assistants qui vous servent. »
- « vous recevez à cette occasion tout l’ensemble d’apparat dont a besoin un sekitori : tablier de cérémonie (keshô mawashi), ceinture de soie (shimekomi ou mawashi), veste de sortie (haori), etc., qui vous sont offerts par l’association des supporters »
- « mais le plus agréable, c’est encore la chambre individuelle qui vous est attribuée. »
- « Comme autre différence, il y a aussi la couleur de la ceinture d’entraînement qui, de noire, devient blanche. »
Kirishima conclut cette énumération en disant : « C’est comme si l’on se retrouvait dans un univers complètement différent ! Je crois que n’importe quel rikishi est prêt à tenter l’impossible pour réussir à se maintenir dans le monde des titulaires. »
Autre exemple :
le ozeki, en plus du salaire nettement plus élevé :
- « un ozeki peut se permettre (une seule fois) de terminer une saison avec un score global négatif sans être rétrogradé.»
- « Le parking du sous-sol du Kokugikan est à sa disposition, ce qui lui permet de s’y rendre en voiture directement sans avoir à traverser les parties publiques du rez-de-chaussée et passer devant la foule des curieux. »
- « Au même titre que les yokozuna et les dirigeants de l’association de sumô, il par-ticipe aux événements de prestige (…). »
- la première classe dans les déplacements en avion.
- Il a trois assistants (jusqu’à 5 pour un yokozuna).
- etc.…
LE FINANCEMENT
QUI PAIE LES SALAIRES, LES PRIMES, ETC. ?
C’est la toute puissante Association de sumô. Elle contrôle l’ensemble de la profession. En font partie les sumôtori à la retraite qui ont pu obtenir le titre de « toshiyori » (rappelons que leur nombre est limité à 105) qu’ils soient patrons d’une heya (confrérie) ou non.
Pour assurer leur subsistance, les confréries reçoivent une allocation dont le montant dépend du nombre de lutteurs
C’est également l’association qui prend en charge les salaires et les différentes indemnités des lutteurs et des anciens.
D’OÙ VIENNENT LES FONDS ?
Ils proviennent principalement des recettes encaissées pour les six tournois principaux et pour les diverses manifestations, les droits de diffusion à la télévision. Il y a également les dons de diverses sortes. Ceux des mécènes sont importants. Ils soutiennent un lutteur ou une confrérie par des dons qui peuvent être très élevés.
Il y a aussi la vente de photocopies des empreintes de main des lutteurs, accompagnées de leur signature. Les originaux peuvent atteindre des prix importants, de l’ordre de 100 000¥.
Autres articles sur le sumô, dans l'ordre de lecture conseillé:
l'historique
lieu et fréquence des tournois
poids des lutteurs et costume
QUELS SONT LES DIFFÉRENTS GRADES ?
Je me contente ici de reproduire le tableau qui figure dans l’édition française du livre de Kirishima. Il est trop bien fait. (les chiffres datent de 95 ou 96). Je conserve aussi ses choix de traduction. Par exemple, contrairement à l’usage anglais, la traductrice réserve le terme de « grand champion » à « ôzeki » dont c’est quasi la traduction littérale, choisissant « champion suprême » pour « yokozuna »
| GRADE | NOMBRE mini et maxi salaire de base mensuel ¥ | DÉNOMINATION GLOBALE | ||
| Yokozuna | 0 - 4 2.234.000 | San yaku grands maîtres | Maku-uchi (ou maku no uchi) nombre fixé à 40 | Sekitori titulaires |
| Ôzeki | 2 - 4 1.850.000 | idem | idem | idem |
| Sekiwake | 2 - 4 1.340.000 | idem | idem | idem |
| Komusubi | 2 - 4 1.340.000 | idem | idem | idem |
| Maegashira | 26 - 32 1.036.000 | Hira maku | idem | idem |
| Jûryô | 26 820.000 | idem | ||
| Makushita | 120 indemnités de présence | Kishi yôsei-in (ou mihari) non titulaires 790 à 900 personnes | ||
| Sandan-me | 200 indemnités de présence | idem | ||
| jô-nidan | 350 - 400indemnités de présence | idem | ||
| jô-no-kuchi | 100 - 200 indemnités de présence | idem | ||
| Mae-zumô | 50 - 100 non rémunérés | banzuke-gai non classé | shin-deshi nouveau | |
Ce tableau permet de mieux se rendre compte d’un premier élément : jusqu’à près d’un millier de débutants et non titulaires, entre 40 et 50 titulaires, les chiffres sont éloquents et se passent presque de commentaires. Il y a vraiment beaucoup d’appelés et peu d’élus !
« dans le monde du sumô, les portes sont extrêmement étroites. Sur les quelque neuf cents lutteurs qui y évoluent en ce moment , seul un sur treize pourra atteindre le niveau des titulaires – même en comptant ceux qui ne réussissent que de façon éphémère, le temps d’une saison. », écrit Kirishima. On prend bien conscience aussi de la différence de revenu entre les non titulaires et les autres.
Signalons également qu’à ce classement s’ajoutent les deux catégories Est et Ouest, cette dernière étant considérée comme un demi - degré inférieur à l’Est.
COMMENT FRANCHIT-ON LES DIVERSES ÉTAPES DE CETTE CARRIÈRE ?
C’est au vu des résultats lors des tournois.
Tout est très sévèrement examiné par l’Association de sumô. Le classement est entièrement refait d’un tournoi à l’autre. Il beaucoup plus facile de reculer que d’avancer.
POURQUOI TANT DE CANDIDATS ?
Comme nous le voyons dans ce tableau, l’aspect financier peut être une motivation, même si les débuts rapportent peu : logés, nourris, vêtus, et pour un apprenti du 3e degré 85 000¥ à chaque tournoi (6 par an), pour un aspirant 120 000¥ (chiffres de 95-96). Il y a aussi une forme de prestige dont est entouré ce métier aux yeux du public. Ils peuvent devenir des vedettes très courtisées… et bien rémunérées.
QUELS SONT LES SUPPLÉMENTS DE REVENUS ?
- Kenshô, prime donnée au gagnant.
Elle est fournie par des sponsors, le plus souvent des entreprises qui trouvent là une forme de support publicitaire. En effet, avant l’affrontement de deux lutteurs, un « yodibashi » fait le tour du dôhyô en portant une bannière affichant le nom du généreux donateur. Plus le lutteur est populaire, plus les « kensho » sont nombreux. Le record serait de 26 en 1967. Record battu au tournoi de janvier 2004 par son champion qui en a eu 28 l’avant-dernier jour. Et encore battu en 2005. Chacune de ces enveloppes contient 60 000 ¥ (chiffre indiqué pour 1996). Sur la somme après déduction d’impôts, le lutteur recevra la moitié.
- Le «ginô shô » = « Prix de la technique » pour celui qui a montré les techniques les plus variées,
le « shukun shô » = « Prix du mérite » pour celui qui a battu le plus de ôzeki et yokozuna,
le « kantô shô » = « Prix du courage » pour celui qui s’est distingué par des résultats remarquables, sont des prix attribués en fin de tournoi.
Ils sont matérialisés, en dehors d’une coupe volumineuse comme les Japonais aiment en faire et en remettre, par une prime de deux millions de yens.
- Le « yûshô » ou « Grand prix » pour le grand vainqueur de la session. Récompense : 10 millions de yens, et de nombreux avantages en nature (voiture, riz pour toute l’année pour lui et sa confrérie (« heya), sake, bière, etc.).
- Le « kinboshi » ou « Etoile d’or » : c’est la victoire d’un champion ordinaire sur un yokozuna, récompensée par une prime de 2 millions de yens, ET une prime permanente qui s’ajoute au salaire de base. Inutile de dire que c'est particulièrement recherché!
DE QUOI VIVENT LES DEBUTANTS NON RÉTRIBUÉS ?
Ils vivent en communauté au sein de la confrérie (« heya ») dans laquelle ils sont entrés. Ils sont nourris (ils mangent ce que les titulaires ont bien voulu laisser dans le chaudron), logés (en chambre dortoir), habillés (très simplement). Ils devront passer une sorte d’examen d’admission pour devenir apprenti.
AUTRES AVANTAGES:
Y A-T-IL D’AUTRES DIFFÉRENCES QUE LE SALAIRE SELON LE GRADE ?
Oui.
Par exemple l’aspirant qui devient titulaire (jûryô) se voit attribuer les avantages sui-vants :
- un bon salaire. Kirishima écrit « Un salaire deux ou trois fois plus élevé que celui que touche généralement un jeune de cet âge. »
- « On vous affecte également deux assistants (tsukebito). » Le makushita qui est au service d’un de ses aînés est un peu comme une bonne pour lui, il a la charge de toutes les petites besognes, petites corvées : les servir à table, laver son linge, lui laver le dos au moment du bain, lui passer la serviette et la reprendre au moment des combats , etc.
- « Lors des repas, vous avez le privilège de vous mêler aux autres titulaires (sekitori) et de vous installer avant les autres, avec vos assistants qui vous servent. »
- « vous recevez à cette occasion tout l’ensemble d’apparat dont a besoin un sekitori : tablier de cérémonie (keshô mawashi), ceinture de soie (shimekomi ou mawashi), veste de sortie (haori), etc., qui vous sont offerts par l’association des supporters »
- « mais le plus agréable, c’est encore la chambre individuelle qui vous est attribuée. »
- « Comme autre différence, il y a aussi la couleur de la ceinture d’entraînement qui, de noire, devient blanche. »
Kirishima conclut cette énumération en disant : « C’est comme si l’on se retrouvait dans un univers complètement différent ! Je crois que n’importe quel rikishi est prêt à tenter l’impossible pour réussir à se maintenir dans le monde des titulaires. »
Autre exemple :
le ozeki, en plus du salaire nettement plus élevé :
- « un ozeki peut se permettre (une seule fois) de terminer une saison avec un score global négatif sans être rétrogradé.»
- « Le parking du sous-sol du Kokugikan est à sa disposition, ce qui lui permet de s’y rendre en voiture directement sans avoir à traverser les parties publiques du rez-de-chaussée et passer devant la foule des curieux. »
- « Au même titre que les yokozuna et les dirigeants de l’association de sumô, il par-ticipe aux événements de prestige (…). »
- la première classe dans les déplacements en avion.
- Il a trois assistants (jusqu’à 5 pour un yokozuna).
- etc.…
LE FINANCEMENT
QUI PAIE LES SALAIRES, LES PRIMES, ETC. ?
C’est la toute puissante Association de sumô. Elle contrôle l’ensemble de la profession. En font partie les sumôtori à la retraite qui ont pu obtenir le titre de « toshiyori » (rappelons que leur nombre est limité à 105) qu’ils soient patrons d’une heya (confrérie) ou non.
Pour assurer leur subsistance, les confréries reçoivent une allocation dont le montant dépend du nombre de lutteurs
C’est également l’association qui prend en charge les salaires et les différentes indemnités des lutteurs et des anciens.
D’OÙ VIENNENT LES FONDS ?
Ils proviennent principalement des recettes encaissées pour les six tournois principaux et pour les diverses manifestations, les droits de diffusion à la télévision. Il y a également les dons de diverses sortes. Ceux des mécènes sont importants. Ils soutiennent un lutteur ou une confrérie par des dons qui peuvent être très élevés.
Il y a aussi la vente de photocopies des empreintes de main des lutteurs, accompagnées de leur signature. Les originaux peuvent atteindre des prix importants, de l’ordre de 100 000¥.
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