Mardi 3 octobre 2006
Oui, comment me suis-je retrouvée là, à Tokyo, où je vis depuis le 20 octobre 1969?

Parce que je me suis mariée avec un Japonais?
Oui, mais ne dire que cela est un peu trop réducteur.

Parce que j'avais un intérêt marqué pour le Japon depuis mon adolescence et m'étais promis d'y aller?
Oui.

C'est là que j'entends quelques un(e)s d'entre vous dire: Aaaaaah!!! C'est pour ça qu'elle s'est mariée avec un Japonais, pour pouvoir aller au Japon plus facilement!

Et cette fois, je dis NON.
Je ne l'ai pas épousé parce qu'il était Japonais, mais parce que c'était lui. a ce moment-là, je ne pensais pas à cet aspect de la question; sauf ensuite pour me dire que ça tombait bien que je sois prête
à aller dans son pays déjà avant de le connaître.

Mon intérêt pour le Japon, le fait de me préparer pour y aller et de commencer à apprendre la langue japonaise à ce qui à l'époque s'appelait les Langues'O ou ENLOV, et non INALCO comme maintenant, ces faits, donc, ont créé les circonstances qui m'ont amenée à connaître celui qui est devenu mon mari.

Comment nous avons fait connaissance?
Je suis prête à dire : une rencontre très sorbonnarde.

Je fréquentais le petit institut de littérature comparée dirigé alternativement par deux professeurs ennemis et célèbres chacun en son domaine: les professeurs Dédeyan le livresque et Etiemble le touche à tout.
Dans cette petite salle de travail installée sous les combles de la Sorbonne, il m'arrivait de sortir mon Naganuma, livre d'apprentissage du japonais. L'appariteur des lieux, un brave homme assez proche de la retraite, m'avait apparemment prise en amitié pour quelque mystérieuse raison. En fait, mon livre l'intriguait.
- C'est du chinois?
- Non du japonais.

Et quelques jours plus tard, il me dit:
- Vous savez, on a un monsieur japonais très bien qui aimerait connaître un peu plus des Français pendant qu'il est en France. Vous qui vous intéressez au Japon et essayez d'apprendre le japonais, vous devriez le rencontrer. Vous savez il est très bien, c'est un monsieur sérieux et puis un poète et tout et tout, d'ailleurs monsieur Etiemble l'apprécie bien.

Et c'est ainsi que par son entremise nous avons fait connaissance. Ce brave monsieur D......., quelle responsabilité il a prise dans le cours de notre vie!!!

à suivre


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Samedi 7 octobre 2006
Récemment, j'ai dit ici que mon intérêt pour le Japon était pré-existant quand j'ai fait la connaissance de celui qui est devenu mon mari.

Ces dernières années, je me suis posé la question de savoir comment cet intérêt était né. Je vous présente aujourd'hui ce que j'ai pu reconstituer.

Depuis mon enfance, j'ai un peu entendu parler de ce pays. En effet, l'ami d'enfance de mon père avait une sœur, Madeleine, qui était mariée à un journaliste anglais (j'aurai quelque chose d'intéressant à vous raconter à propos de Sir Redman, quelque chose qui appartient, en quelque sorte, à l'Histoire contemporaine) et ils vivaient au Japon depuis avant la guerre. Je crois me rappeler qu'ils sont partis au début des années 40, à moins que ce soit encore plus tôt. Donc j'entendais parler de Madeleine qui faisait ses voyages en bateau et qui ne pouvait pas souvent revenir en Europe. Madeleine et son mari qui se plaisaient tant dans ce pays où ils vivaient. Et ces deux belles coupes très légères en bois laqué doré? Ça vient du Japon, c'est Madeleine. Et regarde ce beau tissu broché, Mimi, ça vient du Japon.

Et puis quand j'étais lycéenne en 2e au lycée Claude Monet à Paris, j'ai eu un prof de français, Madame Saunier, dont j'appréciais beaucoup la personnalité chaleureuse; j'ai ensuite suivi des cours-conférence de son mari, à la Sorbonne: il était le spécialiste de l'époque pour la littérature du Moyen-Age et il en parlait de façon passionnante. Sa femme, ma prof, elle, appréciait beaucoup la poésie japonaise et nous en avait parlé plus d'une fois. Elle ouvrait ainsi un peu plus mon approche de ce pays et la curiosité que je pouvais en avoir.
De plus, en seconde, on a au programme de géographie, l'Asie, le Japon. Tout ce que disait la prof éveillait ma curiosité. Dont un fait tout particulièrement: elle nous disait (parce que c'était dans le livre, elle n'y était jamais allé elle-même:lol:) que la vie des Japonais était un mélange d'habitudes traditionnelles et occidentales modernes; par exemple, ils partaient au bureau en costard (elle n'employait pas ce mot) et, rentrés chez eux, se changeaient pour se mettre en kimono, etc etc. Ça, ça m'intriguait! Je me demandais ce que ça pouvait donner pour de bon. Et puis ces photos dans les livres, l'architecture et tout et tout. C'est là que s'est précisée mon intention de mettre le pied dans ce pays.

Autre signe du destin: au début des années 60, pour la première fois une délégation japonaise, de chez Honda, venait rendre visite au fabricant français de voiture: Renault. Et c'est justement mon père, qui parlait anglais, qui avait été chargé de les recevoir et de s'occuper d'eux pour la journée. J'ai oublié les détails de ce que Papa nous avait raconté, mais je me rappelle parfaitement le principal cadeau qu'il avait reçu de leur part: une perle montée en épingle de cravatte. Maman l'a toujours.

Mes études ont été en bonne partie choisies selon ce projet; il valait mieux,
pour avoir plus facilement du travail à l'étranger, se préparer à être prof de français que de telle ou telle autre discipline qui pouvait m'attirer aussi .
C'est que je m'étais renseignée. Pour ce qui avait fini par devenir un vrai projet.

Un soir de l'année 1967, si mes souvenirs sont justes, je vois par hasard une séquence des infos à la télé: l'inauguration d'un établissement français à Tokyo et j'ai déclaré à la cantonnade: Voilà! Je travaillerai là.

Et j'ai travaillé là pendant de très nombreuses années… Par contre, je n'avais pas prévu que ce soit en étant déjà mariée à un Japonais, idée dont je n'ai pas vraiment souvenir qu'elle m'ait effleurée.

Voilà voilà…

Ce blogue serait-il en train de verser dans le récit autobiographique???

A suivre...



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Mercredi 11 octobre 2006
BONJOUR, BONSOIR...

J'ai dernièrement raconté j'ai raconté comment s'était formé en moi l'intérêt pour le Japon ainsi que pourquoi j'étais venue dans ce pays (sans véritablement penser y passer ma vie entière) et comment j'avais  été amenée à faire la connaissance de celui qui est devenu mon mari.

Aujourd'hui, j'aimerais vous raconter comment le destin semblait s'acharner à faire des clins d'œil jusqu'à ce que je rencontre effectivement mon mari. J'ai toujours trouvé ce faisceau de coïncidences très amusant. Mais au moment où je l'ai rencontré, je ne savais pas que c'était la personne des anecdotes en question.

Je suivais
les cours du Professeur Etiemble (vous savez, celui qui a créé le mot "franglais") qui cette année-là avait choisi de parler des problèmes de la traduction. Je rappelle que ces cours se faisaient en amphi devant un public nombreux; on pouvait donc passer une année universitaire entière sans connaître tout le monde, c'est même le contraire qui aurait été étonnant.
Je me souviens avoir un jour vu un  monsieur étranger passer au dernier moment devant Etiemble pour aller s'asseoir dans les premiers rangs, et être accueilli très amicalement par le professeur.
Une autre fois, Etiemble parle de poésie et surtout d'écriture chinoise et japonaise et prend à témoin une des personnes de l'assistance sur le ton de "n'est-ce pas mon ami Untel ici présent".
A part ça, je n'avais pas vraiment vu et remarqué la personne en question.
Depuis, je me suis bien rattrappée!!!

Quand j'étais étudiante, je faisais un travail saisonnier: guide accompagnateur de voyages en autocar ou même en croisière, d'ailleurs. Dans l'un de ces circuits en Italie, j'avais fait la connaissance d'une des bibliothécaires de la Sorbonne. C'était bien agréable: quand j'avais un coup de pompe de lire et prendre des notes, j'allais tailler une bavette avec elle quand c'était possible. Elle me parlait entre autre des cours de langue médiévale qu'elle suivait. Un jour, elle m'avait raconté que dans ce cours, il y avait deux Japonais, aussi surprenant que celà puisse paraître. L'un des deux avait assez rapidement laissé tombé, mais l'autre avait persévéré et, ma foi, se tenait à un niveau honorable. Elle m'en parlait parce qu'elle trouvait celà très étonnant voire même admirable.

Et c'est bien après que j'ai connu mon mari, et encore après que j'ai su qu'il avait suivi ces cours en  question et que j'ai pu comprendre que le petit Japonais étonnant, c'était lui
!

Il fallait donc bien qu'on se croise pour de bon un jour ou l'autre…

à suivre…




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Vendredi 20 octobre 2006
Bonjour, bonsoir…

Oui, le 20 octobre est pour moi un jour anniversaire: celui de mon arrivée au Japon. C'était en 1969 . Et si je dis "ça fait donc 37 ans", ça me laisse songeuse. Sans l'exprimer très explicitement de cette façon, aurais-je conscience d'autant de temps écoulé? Non.

En tout cas, pour coller à cette date, je vais aujourd'hui faire un bond en avant par rapport à ce que j'ai déjà raconté, quitte à faire plus tard des petits retours en arrière. Pour raconter par exemple par quel parcours du combattant passait un Japonais qui voulait exporter une petite française. Et aussi mai 68, etc. Aujourd'hui, je vais vous parler de mon arrivée au Japon. Je vais essayer de ne pas me laisser aller à être trop bavarde, mais je ne promets rien.

Nous nous sommes donc mariés en France fin juin 69. Il n'y avait personne de sa famille, mais justement un de ses amis photographes traînait dans cette partie du monde au bon moment, ce qui était plutôt sympa pour mon mari. Sa bourse d'études prenait fin. Il avait eu des ouvertures pour travailler en France, mais avait choisi de retourner au Japon pour s'y faire sa place dans l'enseignement supérieur et pour sa mère. Il y avait quatre autres frères, mais bon…

Mon mari, qui avait le billet payé pour le retour au pays, pouvait demander à le faire en bateau plutôt qu'en avion - à l'époque c'était encore possible - et c'était son choix. Il existait une ligne régulière des Messageries Maritimes de bateaux mixtes Marseille - Yokohama - Marseille. Les escales étaient: Dakar,  Durban, Mombasa, Bombay (devenu Mumbai), Colombo, Singapour, Bangkok, Hong-Kong, kobe, Yokahama terminus. Vous avez compris, au vu de cet itinéraire, qu'à cette époque, le canal de Suez était fermé d'où le grand tour de l'Afrique.

C'est donc à Kobe que j'ai mis pour la première fois le pied sur le sol nippon. Tout m'intriguait, tout était nouveau pour moi. Et mon mari,  lui, éait un peu perdu après 4 ans et demie de vie en France avec très peu de contacts japonais. D'ailleurs lors de l'escale à Kobe, les Japonais avaient tendance à vouloir lui parler en anglais, le prenant pour un touriste étranger! De quoi le troubler.

Il y aurait d'autres choses encore à raconter, mais je veux en arriver à l'essentiel du jour, et de ce jour: mon arrivée à Yokohama, mon arrivée à Tokyo, mon arrivée au sein de cette famille qui devait devenir ma famille aussi.

Je me sentais terriblement sous l'effet du trac. C'est un peu crispée que j'ai parachevé les préparatifs de débarquement. Et soigné ma présentation. Avec tel joli petit ensemble très parisien et les jolies chaussures toute neuves pour aller avec, achetées à Hong-Kong. Vous allez voir que ce détail des chaussures neuves a sa place dans le récit.

A la descente même du bateau, il y a quand même eu un premier contact, même si nous étions théoriquement séparés par une pseudo petite barrière. Ensuite, toute la famille présente longe le quai par l'extérieur et nous, nous devons passer par l'intérieur puisque nous aurons toutes sortes de formalités à accomplir pour nous et nos bagages.

La gare maritime de Yokohama venait d'être faite (elle a encore changé depuis…). Nous avions à longer un long couloir dont le côté gauche était entièrement vitré sur l'extérieur là où les personnes venues accueilir marchaient. Le sol était un lino hyper brillant.
Nous avancions, mais en devant souvent nous tourner vers les autres, à gauche. J'avais les jambes de coton, n'oubliez pas que nous sommes en 1969, je suis une petite française, d'âge adulte certes, mais qui débarque dans ce pays lointain où elle n'a encore jamais mis le pied, et elle débarque accompagnée  d'un gars du pays qu'elle a épousé dans son lointain pays la France, et découvre une famille dont elle devra se faire apprécier et accepter de cœur autant que faire se  peut. Il y a bien de quoi être troublée.

Nous avancions donc tout en faisant des petits signes embarrassés avec ceux qui étaient à l'extérieur et… et… tout soudain… patatrac; ce qui n'aurait pas dû arriver arriva! Rappelez-vous: les chaussures toute neuves, le lino hyper brillant = hyper glissant… Et oui, la Mimi qui voulait faire sa coquette à la parisienne de l'époque se retrouve par terre sur les genoux qui lui font mal sous l'effet du choc! Et ça, sous les yeux des autres dont les mimiques montraient l'embarras, l'inquiétude, la sollicitude et peut-être autre chose aussi; je suis sure que tel beau-frère avait un peu envie de rire. La honte!!! Ça commençait bien!

Bon. Toutes les formalités terminées, on prend les voitures pour aller  "à la maison".  On fait monter mon mari et moi dans la voiture de frère N°4 (ils étaient 5 garçons, mon mari le N°3). On démarre, on roule un peu dans la ville; il n'y a pas 5 minutes qu'on est partis que nous voilà avec un pneu crevé (pas supporté nos quelques bagages?).  Cette fois c'est à mon beau-frère de se sentir en  mauvaise posture. Le pire, c'est qu'il n'a pas trop l'air de savoir comment s'y prendre. Voyant que ça traîne sans avancer, je dis à mon mari: "Attends, je vais leur donner un coup de main". En efffet à l'époque, c'était le genre de chose que je savais faire. Réponse: "non, surtout pas!". Ce que je comprends beaucoup mieux maintenant qu'au moment même: j'aurais gravement blessé son amour-propre, je n'aurais pas tenu ma place pas seulement en tant que femme, mais en tant "qu'invitée venue de si loin"… Bref nous avons quand même pu finalement arriver sans autre problème à la maison…

Et là, tant de choses à raconter encore… ce sera pour demain…


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