Dimanche 19 mars 2006
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Mardi 21 mars 2006
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Je ne résiste pas à l'envie de vous montrer encore des photos d'ikebana, de cette exposition dont je vous ai parlé il y a deux jours. J'ai tendance à aimer partager ces choses que j'aime, aider à les faire connaître…
Cette chose monumentale que vous voyez pour introduire l'article, c'est l'œuvre présentée face à l'entrée principale du grand magasin où ette exposition avait lieu au 8e étage, sur une très très grande surface.
C'était presque uniquement des "moribana" 盛花 qui étaient présentés. Le style moribana, ce sont fleurs et branches arrangées dans des vases plats et ouverts. En général, on utilise les pique-fleurs, mais l'école Ohara dont c'était l'exposition a aussi une technique assez particulière pour arriver à faire tenir en équilibre des enchevêtrements de branches dressées. Tout comme dans l'école à laquelle j'appartiens, on arrive à faire miraculeuseument tenir les élements en équilibre dans les vases hauts pour ce qu'on appelle le "nageire", comme dans l'exemple suivant, ikebana fait pour une petite exposition il y a environ un mois:
C'était évidemment plus joli quand le lendemain les fleurs de magnolia se sont ouvertes…
D'une manière générale, un ikebana réussi est joli vu sous n'importe quel angle. Il faut donc, dans un arrangement de ce genre, être attentif au pied des branches, à l'endroit où elles sortent du vase: le bouquet va être vu sous tous les angles…
Ce qui était exposé l'autre jour n'avait pas du tout les mêmes proportions. On donnait dans le grand, l'immense, le gigantesque, dans l'ensemble… Voyons d'autres exemples… Vous devez cliquer sur la vignette pour voir la photo dans son bon format.



Samedi 25 mars 2006
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QUELLES SONT LES PRINCIPALES DIFFÉRENCES DE CONCEPTION ESTHÉTIQUE ENTRE L’ART FLORAL FRANÇAIS, EUROPÉEN D’UNE PART, ET LE JAPONAIS D’AUTRE PART ?
LE PAIR ET L’IMPAIR :
- Entre le XVe et le XVIe siècle, l’art français a commencé à passer du rythme impair au rythme pair. Du vers de 11 syllabes (le vers dantesque, comme dit Apollinaire) on passe à l’alexandrin français de 12 syllabes prononcées. Le vers de 7 syllabes est abandonné. On ne conserve que des rythmes pairs.
Ceci se retrouvera de façon de plus en plus accentuée dans les diverses formes d’expression artistique, jusqu’à arriver à un emploi presque abusif de la symétrie au XVIIe siècle. On le voit en particulier dans les constructions comme la place des Vosges, le Palais royal, le château de Versailles, la place Bellecour à Lyon, pour ne citer que quelques exemples. Et bien sûr dans les jardins à la française.
Ce goût français pour la symétrie est resté vivant.
- Le Japon, par contre utilise certes les lignes géométriques, mais il a toujours su jouer sur les profondeurs de champ et a préféré le rythme impair, ce qui se retrouve dans l’ikebana.
LE PLEIN ET LE VIDE :
Les compositions classiques à la française entassent les fleurs en ne laissant pas de vide. Il faut en quelques sortes boucher tous les trous.
Par contre, au Japon il faut savoir placer les vides (kûkan 空間 ) qui donneront de la respiration, du rythme et qui mettront les éléments en valeur. La tradition était assez austère, venant même à choisir de ne garder qu’une seule fleur pour suggérer tout un champ…
Samedi 25 mars 2006
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Y A-T-IL VRAIMENT UNE PENSÉE PHILOSOPHIQUE OU MÉTAPHYSIQUE DANS L’IKEBANA ?
Oui et non…
Oui dans la mesure où l’origine première est l’offrande religieuse à Bouddha : des vases à col étroit de chaque côté de la statue où ont été « jetées », disposées des fleurs à longue tige, le plus souvent des lotus (ce que l’on voit généralement sculpté en complément de la statue).
Ceci rejoignait la tradition animiste japonaise telle qu’elle s’exprimait dans le shintoïsme : la nature est une bienfaitrice pour l’homme à qui elle donne ce dont il a besoin pour vivre, il faut donc la remercier, l’honorer. En même temps, elle peut être redoutable, raison de plus pour lui rendre hommage afin de ne pas l’irriter.
Chaque élément naturel abrite un dieu. Ce n’est qu’après l’introduction du bouddhisme et son développement accompagné de la construction de temples, à l’époque Heian, que le shintoïsme s’est mis lui aussi à construire des temples : avant, la nature entière était un temple.
Certains arbres sont particulièrement propices à accueillir un dieu. C’est ainsi par exemple que le pin dessiné sur la scène de nô, ou celui du « todomatsu » du Nouvel An sont là pour inviter le dieu à être présent.
PREMIERS PAS DE L'IKEBANA
Les époques Heian et Kamakura sont importantes pour une première évolution de ce qui va devenir l’ikebana. On utilise alors le mot « TATEHANA ».
Avec les temples, les offrandes qui étaient à l’extérieur (voir aussi le « toshihiro ») passe à l’intérieur. Egalement se répand l’habitude de disposer des fleurs dans les cours d’approche et jardins intérieurs des résidences.
Les demeures des seigneurs avaient un « butsuma » une petite pièce comme un reposoir avec une statue de Bouddha et les fleurs qui l’accompagnent nécessairement. Cette alcôve deviendra le « tokonoma », l’alcôve décorative du salon à la japonaise où, du fait de son origine même si celle-ci a été oubliée, on continue à disposer des fleurs.
Ainsi peu à peu les plantes à leur état naturel commencent à être stylisées. Elles perdent leur connotation religieuse, elles deviennent purement décoratives et sont un élément de la vie de cour.
Lorsqu’on parle de la représentation du ciel de l’homme et de la terre par l’ikebana, on parle des origines, on parle d’un certain aspect de l’arrangement floral mais ce n’est pas la pensée qui mène les gens à pratiquer cette activité ou art. Ce que l’on cherche, c’est une harmonie.
Vos interventions