Jeudi 2 février 2006
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鬼
oni
Aujourd'hui, en France, c'est la Chandeleur 40 jours après Noel, le jour des crèpes.
Demain, au Japon, c'est "Setsubun" (節分), que j'appelle "la fête des diables". C'était la veille du jour de l'an dans le calendrier lunaire. Maintenant, c'est à date fixe, le 3 février.
A cette occasion, on achète des sachets de haricots de soja GRILLÉS. On va aux portes et aux fenêtres de la maison. Fenêtres ouvertes, 3 fois on lance des petites poignées de haricots de soja en criant, tourné vers l'extérieur <<oni wa soto!>> (鬼は外)= le diable (tous les maux) dehors; puis tourné vers l'intérieur de la maison on recommence mais en criant cette fois: <<fuku wa uchi!>> (福は内) = le bonheur dans la maison.
En même temps que les sacs de haricots, on vend, ou donne selon les cas, un petit masque en carton comme ceux des fêtes.
C'est l'occasion aussi de fêtes médiatisées dans divers temples. Par exemple celui où des lutteurs de sumo - très populaires ici - sont au parvis du temple pour lancer les haricots et d'autres petites choses sur les gens présents qui se précipitent pour les attraper. Même chose à Kyoto avec des maikosan, les très jeunes geishas.
Vendredi 3 février 2006
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Grâce à une émission de télévision (oui, il y a des choses bien aussi, faut pas croire) je dispose aujourd'hui d'informations plus complètes que celles que j'avais hier, j'en profite donc pour compléter le sujet.Comme je le disais déjà hier, il s'agit de traditions d'origine chinoise, rites exécutés la veille au soir du nouvel an (omisoka) selon le calendrier lunaire. Ces rites étaient suivis au Japon depuis l'époque Heian (794 - 1185). A cette époque, une procession avait lieu avec à sa tête un personnage aux allures diablesques, un masque blanchâtre surtout, à l'aspect un peu inquiètant (hôsôshi). Son rôle était de chasser les mauvaises choses pour préparer une bonne année. Il était donc porteur d'une image très positive.
Au fil du temps, son aspect un peu effrayant a fini par l'emporter dans l'esprit des gens. C'est au cours de l'ère Kamakura (1185 - 1392) que s'est instauré l'usage du "mamemaki", le lancer de haricots de soja; peu à peu le "hôsôshi" qui chassait les maux est devenu l'incarnation des maux, le diable qu'il faut chasser.
C'est à l'époque Edo que s'est fixé le "setsubun" (節分) à une date fixe et avec les traditons que vous connaissez presque toutes maintenant. Presque, oui; il y a des petites choses à ajouter.
A l'époque Edo, on a à cette occasion pratiqué le "mame uranai", c'est à dire l'art divinatoire (très pratiqué au Japon sous diverses formes) à l'aide de haricots de soja (un peu comme la marc de café).
Le lancé de graines a été associé aux vœux de bonne récolte. Egalement les manger, c'est s'approprier leurs vertues de force, d'énergie, de bonne santé. donc on mange (réservé aux dentitions solides) le nombre de graines maltées correspondant à son âge; ce qui peut en faire beaucoup trop à avaler. Dans ce cas, on consomme le nombre correspondant aux dizaines, plus le nombre correspondant aux unités.
Dans certaines régions, on fixe à l'extérieur de l'entrée de la maison une branche de "hiiragi" qui ressemble au houx, à l'extrémité de laquelle on a fixé une tête de sardine grillée. On dit que cet aspect et cette odeur repoussent le "oni".
Ce qui n'est pas sans rappeler l'ail chassant les vampires…
Dans plusieurs régions du Japon, dans la préfecture de Niigata en particulier, d'anciennes traditions restent très vivantes. Des hommes déguisés en oni, souvent avec de beaux masques, parcourent le village, entrent dans les maisons où on les attend en mangeant et buvant (n'oublions pas que l'origine, c'est la veillée de nouvel an); ils font le tour de la maison, s'intéressent particulièrement aux enfants et les petits pleurent très fort en se réfugiant auprès de maman ou grand-maman; les enfants un peu plus grands qui ont passé cette phase d'âge, sont très heureux de leur lancer les "mame"; et ainsi de maison en maison jusque très très tard dans la nuit. Le temple est le point de départ et d'arrivée des diables. Tous les ans, on a droit à cette séquence dans les infos télévisées du 3 février, ainsi que celle qui montre le "mamemaki" dans divers temples.
Lundi 13 février 2006
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Les cartes de vœux (nengajo) au Japon…
je semble m’arrêter à raconter des banalités ? Attendez d’avoir lu pour vous en faire une opinion…
COMMENT ELLES SE PRÉSENTENT, DE QUAND ELLES DATENT :
Ce ne sont pas des cartes sous enveloppe comme en France, mais des cartes
postales au sens propre. On les achète à la poste, souvent en grandes quantités : on peut se retrouver avec une centaine à envoyer, voire plus.
Elles ont été créées en 1873. Elles sont pré-timbrées et coûtent 50¥ (au
change actuel, à peu près 35 centimes) l’unité. Un numéro est imprimé en rouge en bas d’une des faces, nous y reviendrons.
DES CHIFFRES
Essayez de deviner combien de ces cartes
sont envoyées en une seule période de nouvel an. Difficile ? Allez, essayez quand même de faire une approximation. Je vais être gentille, je vais vous aider : je vous rappelle qu’au Japon,
il y a plus de 120 millions d’habitants… alors ? Vous donnez votre langue au chat ?
Cette quantité est impressionnante.
Aucun Français, je pense, ne pourrait deviner le chiffre
:
4 milliards! oui, quatre mille millions, ce n’est pas une blague.
En
1960, il y en avait 830 millions d’envoyées, chiffre quasi doublé au bout de 10 ans ; même progression de 10 ans en 10 ans, jusqu’à atteindre les chiffres faramineux des années 90,
début 2000.
On se dit que l’expansion du courrier électronique devrait ralentir le mouvement. C’est effectivement le cas : en 2002, le nombre
de cartes envoyées a baissé de 5% par rapport à l’année précédente. Pourtant, la poste s’est adaptée aux nouvelles habitudes : depuis 3 ou 4ans, elle vend aussi des cartes au papier mieux adapté
aux imprimantes, développement de l’utilisation de l’ordinateur oblige.
LA LOTERIE
En 1949, le nombre n’était « que » de
70 millions.
Pour encourager à la consommation, le service des postes a créé le système de
loterie lié aux cartes : ce sont les numéros dont nous parlions plus haut.
La somme à utiliser pour les lots est réglementée : 50 ¥ par 5 000 cartes vendues. Les premiers
lots sont devenus très intéressants, comme 5 jours à Hawaii, une télévision à grand écran plat, etc.
Quand on voit l’évolution des chiffres, on se dit que c’est une opération
commerciale très réussie, mais quand on vit au Japon, on sait que ce n’est pas une raison aussi simple, voire simpliste, qui est en jeu ; c’est aussi, c’est surtout dû à la structure de
l’organisation de la société et des rapports entre les individus.
COMMENT CES CARTES SONT REMISES AU DESTINATAIRE
Je vous entends me dire : par la boîte aux lettres, pardi ! Qu’est-ce qu’elle
nous raconte encore ?
Oui,dans la boîte aux lettres, mais avec une particularité qui doit demander une
organisation assez remarquable : pour chaque destinataire, elles sont soigneusement rassemblées au fil des envois, pour toute "nengajo" envoyée avant le 20 décembre,
pour être livrées en même temps le jour J.
Le Premier janvier, les facteurs
prennent très solennellement le départ de la poste, après une petite cérémonie, pour aller mettre dans chaque boîte à lettres le paquet plus ou
moins gros retenu par un élastique, qui lui revient.
Ce système a été instauré en 1906, et ce qui est remarquable, c’est qu’on
arrive toujours à le maintenir malgré le nombre de cartes.
C’est une des occupations de cette journée de regarder les cartes reçues, faire le pointage des personnes à qui on n’en avait pas envoyé et à qui il faudra répondre, ceux qui n’écrivent plus,
ceux qui sont des nouveaux venus à ajouter à la liste pour l’année suivante… C’est tout un travail !
Mais c’est vrai que cette tradition a du bon aussi: elle permet de garder le
contact avec certaines personnes, ou facilite les choses pour reprendre contact avec des relations qu’on avait peut-être un peu négligées.
Vendredi 3 mars 2006
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17:25

Celui-ci joue du tambour.

Cet autre apporte une sorte de petite table sur laquelle on servira le bol de thé, ou de sake.

En voilà à l'allure un peu plus martiale

L'arme est d'une longueur impressionnante mais le visage a une expression bien sympathique

Voilà à quoi ressemble une chaise à porteur, de luxe, à la japonaise. Il n'y a pas de siège, on y est assis à même le sol. En japonais on l'appelle "boîte" (kago)…
Derrière, vous aprcevez d'autres objets miniatures en laque: la coiffeuse, la commode à tiroirs, il y a aussi les bols sur un plateau…
Sur la première photo, vous pourrez remarquer en bas de l'escalier un sac d'une sorte de confiserie, ou plutôt biscuits fait de riz soufflé, qu'on appelle "arare".
Normalement, on place à côté un ikebana composé avec des branches de prunier (ume) en fleurs et des fleurs de colza (na no hana).
La tradition veut qu'on expose ces poupées assez à l'avance mais qu'on doive rapidement les ranger dès le 4 mars, sinon on risque que sa fille ait des difficultés à se marier.
Il y en a à tous les prix. Elles peuvent être de véritables œuvres d'art et sont transmises de génération en génération. Quand il faut en acheter pour qu'il y en ait à exposer dans la maison où une fille est née, c'est souvent la grand-mère qui fait ce cadeau. Cadeau de naissance en quelque sorte. Il y a à Tôkyô un quartier spécialisé dans ce commerce.
Le 3 mars, on consomme souvent un sushi spécial, on boit le "amazake", une boisson sucrée et chaude faite à base de riz cuit assez longtemps à la vapeur et laissé un peu en attente, juste avant que la fermentation ne commence vraiment. Après quand il fermente, c'est ce qui deviendra du sake.
Mais dans l'ensemble, cette journée reste banalisée.
Alors que la Fête des garçons est un jour férié…
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