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Sumo

Jeudi 16 mars 2006
Dimanche dernier, le tournoi de sumo de printemps a commencé, à Osaka. C'est donc une bonne occasion de vous parler de cette tradition japonaise.

Documents utilisés
:
Le Japon, Dictionnaire et Civilisation Louis Frédéric. Ed. Bouquins Robert Laffont
Dictionnaire de la Civilisation japonaise  éd. Hazan pour l’histoire du sumô.
Mémoires d’un lutteur de sumô Kurishima Kazuhiro traduit par Liliane Fujimori. Les  informations claires et précises qui sont données pour aider le lecteur sont très utiles et copieusement reprises dans ce document.


HISTORIQUE

origine

A QUAND REMONTE L’ORIGINE DU SUMÔ ?

Il est attesté dans les écrits les plus anciens du Japon, le Kojiki  古事記 (712) et le Nihon shoki 日本書紀(720). C’est alors une offrande aux divinités shintoïstes ; il fait partie des rites destinés à assurer la fécondité de la terre et le bon renouvellement du cycle annuel. Du VIIe siècle au début du XIIe siècle est organisé un tournoi annuel à la cour impériale.

QUELLE EST LA PREMIÈRE FORME DES COMBATS ?

Les textes les décrivent comme un combat à main nue comportant des frappes de la main et des coups de pied.

évolutions

QUELLE ÉVOLUTION S’INSTAURE-T-ELLE AU XIIe SIÈCLE ?

Les guerriers, dont le pouvoir s’est institutionnalisé au XIIe siècle, développent le « sumô des guerriers », à la fois formation physique, technique de combat et distraction.

QUAND LE SUMÔ S’EST-IL PROFESSIONNALISÉ ?

En 1603, la famille Tokugawa transfère le gouvernement à Edo. Des guerriers de clans adverses sont en difficulté et ils s’associent à des lutteurs  pour organiser le sumô en spectacles payants. Certains lutteurs deviennent professionnels. Les meilleurs sont engagés par des seigneurs pour se battre sous leurs couleurs.
Vers la fin de l’époque Edo, les seigneurs ont perdu de leur pouvoir économique ; ce sont alors les riches marchands qui prennent le sumô en charge.

LES RÈGLES DE COMBAT ONT-ELLES CHANGÉ PAR RAPPORT AUX ORIGINES ?

Oui, en particulier dans cette phase de la fin d’Edo. Différents groupes fixent les grades, les cérémonies et l’organisation des tournois. Les techniques s’élaborent, les coups de pied, les coups de poing, les étranglements et le combat au sol sont interdits. On met au point la tenue de combat toujours en usage.

LE SUMÔ A-T-IL ÉTÉ MENACÉ DE DISPARITION ?

Oui. A l’ère Meiji, il a failli être emporté par la modernisation, mais il a réussi à se maintenir.
En 1871, le port du chignon masculin est interdit mais les lutteurs de sumô obtiennent une dérogation. Le tournoi organisé en 1884 devant l’empereur est compris comme un ordre impérial de protéger cette tradition.
Pendant l’occupation américaine, les sports martiaux ont été interdits mais le sumô a été maintenu : ce spectacle amusait beaucoup les soldats américains.

SPORT FAVORI OU SPORT NATIONAL ?

C’est en 1905, après la victoire sur la Russie, que le sumô est désigné comme art national (kokugi) et sa pratique est recommandée à toute le population.

DEPUIS QUAND LES SUMÔTORI SONT-ILS RÉTRIBUÉS PAR UN SALAIRE ?

Depuis 1957.


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Vendredi 17 mars 2006
LE LIEU DES COMBATS

LE GRAND  « STADE » DE SUMÔ

à Tôkyô s'appelle «KOKUGIKAN », qu’on peut traduire par « Palais du Sumô ». Il peut contenir plus de 10.000 spectateurs. Il a été construit en 1985, à Ryôgoku, pour remplacer ceux qui avaient été endommagés par la guerre.

Les dimensions

QUELLES SONT LES DIMENSIONS DE L’AIRE DE COMBAT, LE DOHYÔ ?




La base est un carré de 5,50 mètres de côté.
Le cercle de combat est de 5,55 mètres de diamètre.
La surélévation, uniquement pour que la plupart des spectateurs puissent mieux voir, est d’environ 50 - 60cm. La chute de cette hauteur est souvent cause de blessure pour les lutteurs.

CES DIMENSIONS ONT-ELLES TOUJOURS ÉTÉ LES MÊMES ?

Non.
Là aussi, le sumô montre qu’il a changé au fil du temps.
Jusqu’en 1931, le diamètre était de 3,94 mètres. On l’a agrandi en raison de la taille des sumôtori qui avait augmenté. L’espace était donc devenu vraiment trop limité.

Mais un agrandissement qu’on a voulu imposer en 1945 pour plaire aux Américains  (un dohyô plus grand permet des combats plus longs) a été rejeté : lutteurs et connaisseurs affirmaient que la taille existante jusque-là était nettement préférable pour affiner les techniques.

Les « décorations »

QU’EST-CE QUE CETTE SORTE DE TOIT SUSPENDU ?

C’est une toiture imitant celle d’un sanctuaire shintô de style shimmei.

Aux angles pendent des glands, chacun d’une couleur différente : vert pour le printemps, rouge pour l’été, blanc pour l’automne, noir pour l’hiver.

Autrefois, alors que le sumô se déroulait à l’extérieur, cette toiture était plus simple, soutenue par des piliers aux couleurs précédemment indiquées. Ce toit avait une fonction utile : abriter un peu les lutteurs des intempéries. La forme actuelle est relativement récente.

Fréquence des rencontres

LES SESSIONS DE COMBAT, OU SAISONS OFFICIELLES, OU TOURNOIS (BASHO) SE DÉROULENT-ELLES TOUTES À TÔKYÔ ?

Non. Il y en a 6 réparties comme suit :
- Nouvel an            janvier            Tôkyô
- Printemps            mars                Osaka
- Eté                      mai                 Tôkyô
- Eté                      juillet               Nagoya
- Automne              septembre        Tôkyô
- Automne              novembre         Kyûshû

Donc 3 fois à Tôkyô et les 3 autres fois dans des villes de province.
Une saison dure 2 semaines.
Ce nombre de saisons par année date de 1956. Avant, il y en avait moins.

N.B.: cet article est la suite de le sumo, les origines

Une petite question que je voudrais vous poser: pour les sumôtori qui reçoivent un salaire mensuel, à votre avis, combien gagnent-ils? allez, essayez de deviner!


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Samedi 18 mars 2006
ARTICLES PRÉCÉDENTS, à voir dans l'ordre, de préférence:

- un historique du sumô
- Lieu et fréquence des rencontres


LES LUTTEURS


POIDS:

QUEL EST LEUR POIDS MOYEN ?

156 kilos en moyenne (114,5 en 1953)  le plus léger pesant 100 kilos, le plus lourd…plus de  250 kilos (le maximum jusqu’à présent (année de référence des documents: 2000): les 280 kilos de Konishiki, ce qui finissait d’ailleurs par être un handicap).

LE POIDS EST-IL IMPORTANT ?

Oui, et grossir peut devenir une préoccupation obsédante, comme ce fut le cas pour Kirishima par exemple (seriez-vous capable de manger 20 œufs par jour, en plus de tout le reste lui-même impressionnant ?).

Mais le poids ne fait pas tout: la qualité des réflexes et de la technique est un facteur essentiel aussi. On voit assez souvent David gagner sur Goliath.


D’OÙ VIENNENT-ILS ? COMMENT SONT-ILS SÉLECTIONNÉS ?

Ils viennent d’un peu toutes les régions, et même de l’étranger de plus en plus ces dernières années. Ils sont sélectionnés essentiellement sur les critères de taille et de poids. Ils ont entre 15 et 22 ans quand ils entrent dans cet univers.

LE COSTUME DE COMBAT

EN QUELLE MATIERE EST LA SORTE DE CEINTURE (O MAWASHI) QU’ILS PORTENT POUR LES COMBATS ?

Elle est le plus souvent en un coton très solide ; mais lors des tournois, les champions en ont une en soie très épaisse.

QUELLE EST SA LONGUEUR ?

De 9 à 14 mètres, selon le tour de ventre du lutteur, 80 centimètres de largeur.

PEUT - ON LA METTRE SEUL ?

Non, pas du tout. Ils s’y mettent à plusieurs. Il faut que cette ceinture soit extrêmement serrée, ce qui est d’autant plus difficile du fait de la raideur du tissu utilisé. Or, si la ceinture se défait (fait rare, mais c’est déjà arrivé), le lutteur est disqualifié pour ce « duel ».



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Lundi 20 mars 2006
GRADES ET REVENUS

Autres articles sur le sumô, dans l'ordre de lecture conseillé:
l'historique
lieu et fréquence des tournois
poids des lutteurs et costume

QUELS SONT LES DIFFÉRENTS GRADES ?

Je me contente ici de reproduire le tableau qui figure dans l’édition française du livre de Kirishima. Il est trop bien fait. (les chiffres datent de 95 ou 96). Je conserve aussi ses choix de traduction. Par exemple, contrairement à l’usage anglais, la traductrice réserve le terme de « grand champion » à « ôzeki » dont c’est quasi la traduction littérale, choisissant « champion suprême » pour « yokozuna »

GRADE            NOMBRE
mini et maxi
salaire de base mensuel
¥                  


DÉNOMINATION GLOBALE

Yokozuna 0 - 4

2.234.000
San yaku

grands
 maîtres       


Maku-uchi

(ou maku no uchi)

nombre fixé à 40                 
Sekitori     
titulaires 
Ôzeki 2 - 4

1.850.000
idem idem idem
Sekiwake 2 - 4

1.340.000
idem idem idem
Komusubi 2 - 4

1.340.000
idem idem idem
Maegashira 26 - 32

1.036.000
Hira maku idem idem
Jûryô 26

820.000
    idem
Makushita 120
indemnités de présence
Kishi yôsei-in
(ou mihari)
non titulaires
790 à 900 personnes


Sandan-me 200
indemnités de présence

idem

jô-nidan 350 - 400indemnités de présence
idem

jô-no-kuchi 100 - 200
indemnités de présence

idem

Mae-zumô 50 - 100
non rémunérés

banzuke-gai

non classé
shin-deshi
nouveau


Ce tableau permet de mieux se rendre compte d’un premier élément : jusqu’à près d’un millier de débutants et non titulaires, entre 40 et 50 titulaires, les chiffres sont éloquents et se passent presque de commentaires. Il y a vraiment beaucoup d’appelés et peu d’élus ! 

« dans le monde du sumô, les portes sont extrêmement étroites. Sur les quelque neuf cents lutteurs qui y évoluent en ce moment , seul un sur treize pourra atteindre le niveau des titulaires – même en comptant ceux qui ne réussissent que de façon éphémère, le temps d’une saison. », écrit Kirishima. On prend bien conscience aussi de la différence de revenu entre les non titulaires et les autres.


Signalons également qu’à ce classement s’ajoutent les deux catégories Est et Ouest, cette dernière étant considérée comme un demi - degré inférieur à l’Est.

COMMENT FRANCHIT-ON LES DIVERSES ÉTAPES DE CETTE CARRIÈRE ?

C’est au vu des résultats lors des tournois.

Tout est très sévèrement examiné par l’Association de sumô. Le classement est entièrement refait d’un tournoi à l’autre. Il beaucoup plus facile de reculer que d’avancer.

POURQUOI TANT DE CANDIDATS ?

Comme nous le voyons dans ce tableau, l’aspect financier peut être une motivation, même si les débuts rapportent peu : logés, nourris, vêtus, et pour un apprenti du 3e degré 85 000¥ à chaque tournoi (6 par an), pour un aspirant 120 000¥ (chiffres de 95-96).  Il y a aussi une forme de prestige dont est entouré ce métier aux yeux du public. Ils peuvent devenir des vedettes très courtisées… et bien rémunérées.

QUELS SONT LES SUPPLÉMENTS DE REVENUS ?

- Kenshô, prime donnée au gagnant.
Elle est fournie par des sponsors, le plus souvent des entreprises qui trouvent là une forme de support publicitaire. En effet, avant l’affrontement de deux lutteurs, un « yodibashi » fait le tour du dôhyô en portant une bannière affichant le nom du généreux donateur. Plus le lutteur est populaire, plus les « kensho » sont nombreux. Le record serait de 26 en 1967. Record battu au tournoi de janvier 2004 par son champion qui en a eu 28 l’avant-dernier jour. Et encore battu en 2005. Chacune de ces enveloppes contient 60 000 ¥ (chiffre indiqué pour 1996). Sur la somme après déduction d’impôts, le lutteur recevra la moitié.

- Le «ginô sh
ô » = « Prix de la technique » pour celui qui a montré les techniques les plus variées,
le « shukun shô » = « Prix du mérite » pour celui qui a battu le plus de ôzeki et yokozuna,
le  « kantô shô » = « Prix du courage » pour celui qui s’est distingué par des résultats remarquables, sont des prix attribués en fin de tournoi.

Ils sont matérialisés, en dehors d’une coupe volumineuse comme les Japonais aiment en faire et en remettre, par une prime de deux millions de yens.

- Le « yûshô » ou « Grand prix » pour le grand vainqueur de la session. Récompense : 10 millions de yens, et de nombreux avantages en nature (voiture, riz pour toute l’année pour lui et sa confrérie (« heya), sake, bière, etc.).

- Le « kinboshi » ou « Etoile d’or » : c’est la victoire d’un champion ordinaire sur un yokozuna, récompensée par une prime de 2 millions de yens, ET une prime permanente qui s’ajoute au salaire de base. Inutile de dire que c'est particulièrement recherché!

DE QUOI VIVENT LES DEBUTANTS NON RÉTRIBUÉS ?

Ils vivent en communauté au sein de la confrérie (« heya ») dans laquelle ils sont entrés. Ils sont nourris (ils mangent ce que les titulaires ont bien voulu laisser dans le chaudron), logés (en chambre dortoir), habillés (très simplement). Ils devront passer une sorte d’examen d’admission pour devenir apprenti.

AUTRES AVANTAGES:
 
Y A-T-IL D’AUTRES DIFFÉRENCES QUE LE SALAIRE SELON LE GRADE ?

Oui.
Par exemple l’aspirant qui devient titulaire (jûryô) se voit attribuer les avantages sui-vants :
- un bon salaire. Kirishima écrit « Un salaire deux ou trois fois plus élevé que celui que touche généralement un jeune de cet âge. »
- « On vous affecte également deux assistants (tsukebito). » Le makushita qui est au service d’un de ses aînés est un peu comme une bonne pour lui, il a la charge de toutes les petites besognes, petites corvées : les servir à table, laver son linge, lui laver le dos au moment du bain, lui passer la serviette et la reprendre au moment des combats , etc.
- « Lors des repas, vous avez le privilège de vous mêler aux autres titulaires (sekitori) et de vous installer avant les autres, avec vos assistants qui vous servent. »
- « vous recevez à cette occasion tout l’ensemble d’apparat dont a besoin un sekitori : tablier de cérémonie (keshô mawashi), ceinture de soie (shimekomi ou mawashi), veste de sortie (haori), etc., qui vous sont offerts par l’association des supporters »
- « mais le plus agréable, c’est encore la chambre individuelle qui vous est attribuée. »
- « Comme autre différence, il y a aussi la couleur de la ceinture d’entraînement qui, de noire, devient blanche. »

Kirishima conclut cette énumération en disant : « C’est comme si l’on se retrouvait dans un univers complètement différent ! Je crois que n’importe quel rikishi est prêt à tenter l’impossible pour réussir à se maintenir dans le monde des titulaires. »

Autre exemple :
le ozeki, en plus du salaire nettement plus élevé :
- « un ozeki peut se permettre (une seule fois) de terminer une saison avec un score global négatif  sans être rétrogradé.»
- « Le parking du sous-sol du Kokugikan est à sa disposition, ce qui lui permet de s’y rendre en voiture directement sans avoir à traverser les parties publiques du rez-de-chaussée et passer devant la foule des curieux. »
- « Au même titre que les yokozuna et les dirigeants de l’association de sumô, il par-ticipe aux événements de prestige (…). »
- la première classe dans les déplacements en avion.
- Il a trois assistants (jusqu’à 5 pour un yokozuna).
- etc.…

LE FINANCEMENT

QUI PAIE LES SALAIRES, LES PRIMES, ETC. ?

C’est la toute puissante Association de sumô. Elle contrôle l’ensemble de la profession. En font partie les sumôtori à la retraite  qui ont pu obtenir le titre de « toshiyori » (rappelons que leur nombre est limité à 105) qu’ils soient patrons d’une heya (confrérie) ou non.

Pour assurer leur subsistance, les confréries reçoivent une allocation dont le montant dépend du nombre de lutteurs

C’est également l’association qui prend en charge les salaires et les différentes indemnités des lutteurs et des anciens.

D’OÙ VIENNENT LES FONDS ?

Ils proviennent principalement des recettes encaissées pour les six tournois principaux et pour les diverses manifestations, les droits de diffusion à la télévision. Il y a également les dons de diverses sortes. Ceux des mécènes sont importants. Ils soutiennent un lutteur ou une confrérie par des dons qui peuvent être très élevés.

Il y a aussi la vente de photocopies des empreintes de main des lutteurs, accompagnées de leur signature. Les originaux peuvent atteindre des prix importants, de l’ordre de 100 000¥.


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