quand en 1969 un étranger, japonais, veut épouser une petite française

Publié le par mimisan

Bonjour

Je reprends pour vous le fil de mes souvenirs. Vous savez comment j'ai connu mon mari, comment le destin semblait vouloir nous faire des clins d'œil pour que cela se produise; vous savez aussi comment s'est passé mon arrivée au Japon en octobre 1969. (Si vous ne l'avez pas encore lu et en êtes curieux, vous trouvez tout cela dans la catégorie "un peu de moi").

Aujourd'hui, je vais vous raconter ce que j'ai encore en mémoire des formalités qu'à dû subir mon mari pour pouvoir exporter sa petite Française.

Tout d'abord, bien sûr, il a demandé ma main à ma mère (mon père était décédé deux ans plus tôt d'un cancer du foie). Ttraditionnellement au Japon, ce n'est pas directement l'intéressé lui-même qui le fait, mais là on était dans un autre contexte. Il s'était renseigné pour savoir la meilleure façon de faire selon les bonnes manières françaises. Ce genre d'attention ne pouvait que satisfaire ma mère qui venait de la bonne bourgeoisie rouennaise d'autre fois. Il est donc venu sur son trente et un, avec son petit bouquet de fleurs (ça me fait toujours penser à la chanson de Brassens :lol:)
Un jour j'avais eu une discussion très serrée, très tendue, avec ma mère à ce sujet. C'était au petit déjeuner très tôt le matin un jour de semaine donc où je devais partir très tôt de chez nous pour les quarante et quelques kilomètres qui me séparaient de mon lieu de travail. Mais tel que c'était (mal) parti, j'ai estimé que mon avenir était en jeu et qu'au besoin je pourrais arriver (très) en retard s'il le fallait; et c'est ce qui s'est produit. Donc quand il est venu la voir, le terrain avait été aplani et tout s'est bien passé.

Quand a approché l'époque prévue pour le mariage, au printemps 69 et la date a son importance, nous sommes allés à la mairie pour accomplir les formalités. Là, nous avons littéralement sorti la préposée de son tricot. Une des toute premières questions qu'elle m'a posée, c'était de savoir ce que je comptais faire pour la nationalité. Nous avions prévu la chose et mon mari lui-même avait estimé qu'il valait mieux que je garde ma nationalité française: s'il y avait quelque grand remue-ménage, ce serait plus facile de se réfugier en France (penser à ce genre de chose: typique de mon mari!).

Autre question: mariage sous quel régime? Là aussi, la réponse était prête. J'avais préalablement déclaré à mon mari que je voulais le régime de la séparation de biens. Il m'avait alors expliqué que c'était le régime par défaut au Japon, donc pas de problème. C'est là que je lui ai appris qu'en France, pour ça, il fallait établir un contrat de mariage chez un notaire, le régime par défaut étant celui de la communauté des biens. Et c'est donc ce que nous avons fait.

Quelque temps après, il a été convoqué à la Préfecture de police. Il se demandait ce qu'il pouvait bien avoir fait de répréhensible. Et bien non, c'était simplement parce qu'il voulait épouser une Française. On lui posait donc diverses questions et on le prévenait qu'on allait enquêter sur lui: on n'allait pas laisser exporter une ressortissante française au hasard, sans prendre quelques garanties quant à ce qui l'attendait.

Il y a donc eu enquête de proximité: des inspecteurs sont venus dans l'immeuble où il logeait et ont interrogé les voisins de palier, ceux de l'étage au-dessus et au-dessous, ainsi que la personne chez qui il avait une chambre. Cela a produit un drôle d'effet dans cet immeuble très bourgeois de l'avenue des Ternes.

Il y a eu aussi enquête sur lui et sa famille au Japon: rien n'était laissé au hasard. Ils ont eu ainsi la conviction qu'il n'appartenait pas à la fameuse Armée Rouge, et qu'il appartenait à une très bonne famille.

Il fut convoqué une deuxième fois à la Préfecture de Police et je l'y ai accompagnée, j'étais donc présente à l'entretien: c'était cette fois pour lui  donner un satisfecit et l'autorisation de m'épouser et de m'emmener au Japon si telle était notre décision. Et on lui recommandait de bien prendre soin de moi, de ne surtout pas me faire de misères.

Mission accomplie? pas trop mal, oui :D



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mouna 12/05/2010 12:53



mon dieu que de complictions avec toutes ces formalites heureusement que l'amour est le plus fort et qu'avec lui on oublie tous les tracas administratifs



Mimisan 13/05/2010 16:31



Et j epeux te dire que les formalités sont loin de s'être simplifiées avec Sarko!!!



Mam' Soazic 21/04/2008 07:09

Moi aussi j'ai eu le droit à ma petite enquète et ma famille aussi pour épouser ....un Saint-Cyrien !

Elodie 27/05/2007 10:49

Coucou merci pour ta réponse ;).Je serai bien intéressée par un article détaillée sur la question des langues. :) Je suis très curieuse comme tu sais! :o)Je ne parle pas très souvent chinois malheureusement, on n'a pas vraiment d'ami chinois pour le moment.. :/ Mais bon j'espère que ça va évoluer. ;)Bis et bonne fin de week end!

Elodie 24/05/2007 10:17

Coucou Mimisan :)Je viens de lire tout le début de la partie "un peu de toi" héhé. Et je trouve tes histoires vraiment intéressantes!Pour certaines choses j'ai l'impression de me retrouver un peu^^ en tout cas je trouve qu'on a pas mal de point commun :). Tels que être intéressé par le pays et vouloir y vivre avant de connaitre ton mari, il a étudier en France et d'autres petites choses. Je trouve cela très amusant!Au fait lorsque tu es tombée en descendant du bateau à Kobé, je trouve pas que cela soit la honte :) je ne sais pas pourquoi je trouve ça vraiment mignon... Après un si loin voyage, l'attente, le fait de voir ta belle-famille pour la première etc.Pour le premier soir où tu as un peu craqué, je ne trouve pas que tu aies été "égoiste" aussi. Ton mari bien sure et sa famille ne s'était pas vu pendant 4 ans, mais bon tu débarquais pour la première fois dans un pays que tu ne connaissais pas et chez ta belle famille que tu ne connaissais pas encore, donc ce n'étais pas rien. Je te trouve donc peut être un poil dure avec toi même! ;)Tes articles me donnent aussi envie de raconter plus de chose sur mon blog, mon homme et pourquoi la Chine. Mais je ne pense pas que cela sera aussi intéressant que tes histoires.Tiens j'ai une question: lorsque vous vous êtes rencontrer avec ton mari, je suppose qu'ensemble vous parliez français? Est-ce que vous parliez aussi parfois en japonais?Nous nous avons pris l'habitude de parler en français, car au début je ne parlais pas chinois... Et même ici, je trouve vraiment difficile de se défaire de cette habitude! J'aimerai en savoir plus donc sur cette question. :)

Mimisan 24/05/2007 17:44

Ce que tu dis me touche beaucoup, chere Elodie, merci.Bien sur que si, ton récit sera intéressant. Chaque vécu a son intérêt propre, surtout dans ce domaine.Pour le langage, oui, ce sera à évoquer... Tu sais ça évolue au gré de la vie et des circonstances... Je suis arriée ici en ne sachant pas parler japonais, en pratique; actuellement je parle preque exclusivement japonais... La langue dans laquelle je pene: ça dépend du contexte de ce à quoi je suis en train de penser, et si je suis en train de lire des romans en anglais (ça m'arrive souvent), je me surprends à penser en anglais.Je suppose quand même que tu lui parles chinois lorsque vous êtes avec vos amis chinois? Et puis vous aurez à nouveau à penser la question s'il y a un enfant un jour.Je reprendrai tout ça plus précisément, plus complètement à un autre moment par une autre voie.Bises, ma belle.

laurent 27/04/2007 14:01

hallucinant...je te rassure ca a bien change lol....

mimisan 27/04/2007 14:28

Bonjour, bienvenue :DHeureusement, d'ailleurs! :lol: