Séismes, sécurité: témoignage (Kobé), infos

Publié le par mimisan

Le dimanche précédent, j'étais occupée à des choses fort sérieuses. Fabienne Cappelle, Cyril Fernagu et Jean-François Brun, responsables d'un des îlots de l'arrondissement de Shinjuku, le quartier de l'Institut Français et de la Kagurazaka, avaient organisé une grande réunion d'information pour les nombreuses personnes de leur circonscription. J'avais pu y être invitée aussi en tant qu'ilôtière voisine (ouuuiiin! j'aimerais avoir moi aussi des coéquipiers! il va falloir recruter!) . Ceci se passait dans les locaux de l'Institut.

Deux types d'activités: une réunion d'information dans l'auditorium d'une part; d'autre part, toutes sortes d'apprentissages avec des pompiers de la station de Ushigome.

Voyons d'abord la réunion.


Les participants sur le podium:
De gauche à droite (pour une fois je donne les noms à la française, c'est-à-dire le prénom en premier):
-Toshihiko Hazumi, chef de la prévention à la caserne de pompiers de Ushigome
-Yoshino Endo, chef de la garde civile, caserne de pompiers de Ushigome
- Florence Kageyama, Française résidente au Japon qui a vécu Kobe
- Philippe Le Corre, consul
- Hideo Nagaki, premier adjoint au maire de Shinjuku
- Fumio Fujibayashi, chef de la prévention des crises, mairie de Shinjuku

Monsieur le Consul fait le point:

la cellule de veille, à l'ambassade: 2 binômes constitués du consul, du vice-consul, de messieurs Jean-Michel Leclerc et Michel Le Bras; il y a toujours un agent en alerte.
Ceci s'appuie aussi sur l'îlotage.
Par exemple quand il y a eu le tremblement de terre des Kouriles et risque de tsunami, le contact a tout de suite été établi avec les îlotiers de Hokkaido

La population française à Tokyo compte à ce jour 7134 Français déclarés au consulat, dont un tiers sont des mineurs. Osaka est un autre centre important comportant 1184 Français dont là aussi un tiers sont des mineurs. Bien entendu, il y a des Français répartis sur l'ensemble du territoire, pas uniquement dans ces deux grands centres du Kantô et du Kansai.

Il y a 105 îlots pour l'ensemble du pays dont 75 pour Tokyo-tô, 5 pour Kanagawa. Ilot, ilotage et rôle des îlotiers sont bien expliqués à cette page.

La cellule de crise  est mise en place par Monsieur l'Ambassadeur en cas de crise majeure. Il faut alors s'occuper du personnel, de la communication, de la logistique, des relations avec le gouvernement métroppolitain de Tokyo, des relations avec la police, les autres ambassades, les scientifiques, les médias etc.
Chaque ambassade française dans le monde a le même genre de stucture adaptée au besoin local.

Le témoignage de Florence Kageyama.

Ce n'est pas la première fois que je rencontre Florence dans des réunions sur ce théme, puisque elle aussi est îlotière. Pas la première fois non plus que je l'entends s'exprimer, ou essayer de s'exprimer sur "son" tremblement de terre de Kobe.

Mais que c'est difficile, encore et toujours! Il y a des progrès. Il y a quelques années encore, elle ne pouvait pas du tout en parler. Maintenant, ça vient. Petit à petit. Même si la voix tremble. Même si les yeux se troublent. On a envie de la décharger de ce fardau.  Et que de non-dit, que de pudeur!  Un point positif cependant, elle m'a dit ne pas avoir de cauchemars.

Donc, qu'a-t-elle vécu?

Le 17 janvier 1995, à 5h46 du matin, elle est réveillée par un bruit énorme; puis elle sent des secousses dans tous les sens c'est-à-dire à la fois secousses verticales et secousses horizontales. Heureusement, il n'y avait pratiquement pas de meubles dans la pièce où elle dormait. Elle s'est enfouie jusqu'à la tête sous l'abri de sa couette de futon. Puis elle a pensé qu'il valait mieux sortir avant que le toit ne s'effondre peut-être, une fois les secousses "arrêtées". Jeune femme célibataire à l'époque (maintenant maman de 3 beaux enfants), elle habitait un logement dans une petite construction; les photos vont éclairer la situation.


A gauche, Florence sur l'escalier qui mène à son étage; à droite, l'état de l'escalier après le séisme: il n'existe plus et vous voyez aussi que le rez-de-chaussée (1er étage au Japon) a été écrabouillé.

Lorsque Florence a voulu sortir, elle a eu la chance que la porte ait été ouverte par les secousses, alors qu'elles sont souvent coincées dans leur position fermée. Une chance aussi qu'elle ait pu trouver ses chaussures dans l'entrée.

Et c'est là qu'elle a pris conscience de l'ampleur, de l'importance de ce qui venait de se passer, que c'était terrible, qu'elle avait apparemment de la chance de s'en sortir à si bon compte… visiblement, un moment d'émotion intense où il faut faire effort pour ne pas céder à la panique. Le toit était resté presque intact, et c'est très probablement ce qui l'a sauvée. Le rez-de-chaussée était anéanti, mais ses habitants étaient saufs; ils ont été aidés par les autres locataires dont Florence pour sortir de là où ils étaient coincés; de même pour ceux qui habitaient au même étage que Florence.

Là, on voit bien l'état du toit, mais aussi celui de la batisse qui a perdu un étage et dont un grand pan de mur semble prêt à s'effondrer.


Maintenant sous une autre face; quand on voit ça, on a bien compris qu'il vaut mieux avoir de bonnes chaussures, genre baskets ou chaussures de randonnée plutôt qu'autre chose.


A hauteur du petit point rouge, la fenêtre de Florence, qui n'est plus du tout surélevée.

Elle est ensuite allée au refuge le plus proche, une école du quartier, où elle est restée deux jours. Elle a laissé, accroché à l'emplacement de son logement, un papier disant où elle était, ce qui a permis à des connaissances japonaises parlant français de la retrouver et de l'aider. Je sais par ce qu'elle avait raconté aussi une autre fois, que le temps lui avait paru terriblement long pendant ces deux premiers jours et qu'elle désespérait du besoin d'avoir quelqu'un de sa langue avec qui communiquer, alors qu'elle savait déjà s'exprimer en japonais.
Ensuite, au troisième jour, quand certains trains ont pu circuler à nouveau, des connaissances japonaises l'ont dépannée en lui prêtant de l'argent (elle était partie sans rien) et elle est allée chez des amis un peu dans la même région mais hors zone du séisme.

Ensuite Florence a fait le point de son expérience:
- garder son sang-froid
- savoir que les gens autour sont très aidants, très serviables. Elle en garde un souvenir très ému et très reconnaissant. Elle a trouvé formidable la solidarité des Japonais qui l'ont aidée à surmonter cette épreuve.
- l'importance de la prévention
- bien préparer son sac
- bien connaître son quartier, ne pas ignorer ou se réfugier
- prévoir un lieu de RV de principe avec les personnes de sa famille au cas où il arriverait quelque chose.

Intervention de
Fumio Fujibayashi, chef de la prévention des crises, mairie de Shinjuku:

Ce qu'il faut faire en cas de séisme:
1- prendre soin de sa vie
2- faire jouer l'esprit de solidarité, d'entraide à l'égard du voisinage
3- se réfugier en lieu "sur"(on retrouve là le shéma de ce que Florence a fait)

- Il est imprtant d'être dans une maison bien construite, de préférence dans les normes de 1981; savoir qu'il y a quand même des constructions antérieures de bonne qualité, mais on n'apportera pas la même garantie.
-  Faire en sorte que les meubles ne risquent pas de tomber (voir de précédents articles de ce blogue dans la catégorie "cataclysme, séismes et sécurité)
- Si on est dehors
* attention à ce qui peut tomber sur la tête
* penser aussi qu'il y a toutes les secousses suivantes où tout risque davantage de s'effondrer
* faire ce qu'on peut pour éteindre tout début d'incendie
- Se rappeler que dans tout le Japon, les écoles primaires (shôgakkô
学校) et les collèges (chûgakkô 中学校) sont lieu de refuge, d'hébergement en cas de séisme et autre cataclysme. Les lycées sont moins prévus mais en principe doivent accepter d'accueillir en cas de besoin.

Intervention de
Toshihiko Hazumi, chef de la prévention à la caserne de pompiers de Ushigome:

A la caserne de pompiers de Ushigome, il y a 135 personnes plus les réservistes ce qui met à 185 le nombre de personnes si on fait appel à tous; plus les volontaires bénévoles, les responsables d'entreprises etc
Il y a 4 voitures à pompe + 2 plus anciennes, mais pouvant fonctionner, que l'on garde pour les cas extrêmes.
Toutefois, il faut savoir qu'il y aurait nécessairement des problèmes d'accès: routes encombrées par les gens, par les débris, par les voitures dejetées etc. Donc penser a priori que les pompiers font du mieux qu'ils peuvent, mais qu'ils ne viennent pas. Il faut savoir au maximum se débrouiller par soi-même (Aide-toi, le ciel t'aidera)

La suite va être très rapidement publiée: ce sont les questions réponses  entre des Français présents et monsieur le consul ainsi que les Japonais compétents qui sont présents ; présentation des autres activités.

Commenter cet article

Clo 21/01/2008 14:04

Je crois que toute personne ayant vécu ça est traumatisée à vie.J' ai vu dans un ascenseur une dame piquer une vraie crise de nerfs, car elle était rescapée d' un séisme épouvantable.Quand l' ascenseur s' est mis en route, elle hurlait au tremblement de terre....alors qu' elle connaissait les ascenseurs.Bisous :)

Mimisan 21/01/2008 15:09

Toute situation traumatisante laisse des traces chez tout l emonde, et certaines personnes plus que d'autres... Mais c'est terrible de vivre avec un trauma comme celui que tu décris...

Véro 03/12/2006 14:35

Bravo pour cet article informatif pour certains (nous), mais formatif pour d'autres (il suffit de lire les commentaires). Ici aussi, je trouve que le blogging a son utilité. Déjà pour rassembler les personnes d'une même culture qui habitent sur place. J'ai repris tes posts où je m'étais arrêtée la dernière fois. Je file lire la suite. Véro

mimisan 03/12/2006 16:40

D'ailleurs, c'est pour transmettre ces infos ne serait-ce qu'aux personnnes de ma circonscription, que j'ai ouvert ce blogue; le reste est venu parce que je me suis prise au jeu :D

Lynette::0007: 28/11/2006 17:21

Difficile de ce remettre moralement d'un tel drame!!

mimisan 28/11/2006 17:48

Oui, je crois que ça laisse des traumatismes...

:0010: @nne marie :0059: 28/11/2006 12:41

     Belle journée de mardi et bizettes de la mer rouge      @nne marie

mimisan 28/11/2006 14:04

Merci, de même pour toi :D(une tulipe en novembre, il n'y aplus de saisons! :lol:)

Yvon 28/11/2006 08:55

ce récit est vraiment très poignant;
les japonais vivent dans cette crainte beaucoup plus que les habitants de San Francisco fatalistes.
Tout est prévu, il y a périodiquement des entrainements, des formations....
quelle belle leçon!
bonne journée à toi
bisous

mimisan 28/11/2006 14:03

A San Francisco: fatalistes, ou inconscients?Bonne journée à toi aussi