Nous avons déjà vu avec un précédent article que les fleurs tombées, ce pouvait être aussi très esthétique.
J'ai aussi une anecdote à ce sujet.
Il y a quelques années, j'ai eu la chance d'être à Kyoto à cette période de l'année (superbe!). Alors que nous visitions le temple d'Argent (Ginkakuji 銀閣寺) j'observais les préposés à l'entretien du jardin dans sa partie verte. Il y avait beaucoup de fleurs de camélia tombées au sol, sur l'herbe et la mousse vertes. Je trouvais ce contraste fort joli, mais bien consciencieusement, ils ramassaient les fleurs. Jusqu'au moment où ils se sont trouvés à proximité d'un tronc avec quelques fleurs tombées qui étaient du plus joli effet…
Que croyez-vous qu'ils firent? Ils se concertèrent pour savoir que faire: tout ramasser? tout laisser? En laisser quelques unes, lesquelles? Le choix des fleurs laissées sur place fut fort minutieux, je vous le garantis. Ils en laissèrent trois bien choisies et surtout pas bougées.
Ce serait merveilleux si les Japonais étaient toujours aussi minutieux et respectueux de la nature. Par exemple, vous ne pouvez pas savoir le mal que je me donne pour photographier tout ce que je vous ai montré ces derniers temps sans avoir tout le temps quelqu'un de moche qui gâche tout ( je n'ai pas pu mettre la photo que j'aurais voulu pour l'allée de cerisiers de Kamakura ) ni des tas de fils électriques dans tous les sens, ni… ni…
En tout cas, j'ai repensé à mon anecdote du Ginkakuji, lorsque j'ai vu ce que je vais vous montrer maintenant, en étant dans la montée au Zuisenji à Kamakura:

Un paysagiste de jardin zen n'aurait pas fait mieux…
La fleur était tombée d'un grand camélia qui se trouve là.

ce grand arbre aux feuillage intense, entre les 2 troncs dénudés. Habituée aux arbustes du milieu urbain, j'avais oublié comme cet arbre pouvait devenir grand en réalité.
Revenons à Tôkyô dans mon Togokoen…

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.
Las! Voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ses beautés laissé choir!
O vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir!
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse:
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
Pierre de Ronsard. Odes, I, 17
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