Conte zen: Le Fils dans le lit

Publié le par Mimisan


Comme ceux que j'ai déjà donnés ici, ce conte est tiré de Le Bol et le Bâton; 120 contes zen racontés par maîre Taisen Deshimaru; éd. Albin Michel.


Une histoire chinoise raconte que dans un grand temple vivait une très belle nonne. Elle était très paisible et d'une morale irréprochable; y vivait aussi une autre nonne mais d'une moralité plus légère: parfois elle allait voir les moines, seule.
La bellle nonne était vraiment très chaste.

Un jour, la jeune nonne lui demanda:

<<Vous êtes belle, la plus belle de la communauté de ce temple et jeune encore; pourquoi êtes-vous devenue nonne? Pourquoi ne vous êtes-vous pas mariée?
- J'ai été mariée, répondit-elle. Je vais vous conter mon histoire: nous nous aimions profondément, mon mari surtout m'aimait. Un enfant est né de notre amour, mais son père est mort rapidement après.Aussi ai-je aimé d'autant plus mon enfant, et l'ai entouré de ma profonde affection. Quand il eut l'âge de 17 ans, beaucoup de jeunes filles étaient amoureuses de lui mais il les refusait toutes. Sa santé s'affaiblisssait; peu à peu, il tomba malade. Il fut très amaigri. Aucun médecin ne pouvait trouver l'origine de sa maladie. Je devins de plus en plus anxieuse, et pensais que l'origine devait tenir à des problèmes d'ordre moral; son esprit était surement tourmenté. J'ai alors demandé à son ami intime s'il lui avait fait quelque confidence; celui-ci me dit:
<<Votre fils m'a confié un jour qu'il vous aimait par-dessus tout et que son désir le plus cher était de pouvoir vous aimer profondément une nuit.>>

Je fus profondément surprise de cette réponse, mais n'en souffris pas vraiment. Je décidai  alors de dormir avec mon enfant, car pour moi, seule sa vie comptait et je pensais que ce serait le moyen de le guérir. Je le croyais sincèrement. Je donnai alors l'autorisation à mon fils de venir dans mon lit quand il le voudrait. C'est ainsi que la nuit suivante, mon fils, à qui je n'avais pas vu depuis longtemps une expression heureuse, vint dans ma chambre à coucher et s'approcha du lit; au moment où il voulut entrer et m'embrasser, de grandes secousses ébranlèrent la maison dont une partie s'écroula; une profonde crevasse s'ouvrit à côté du lit. Mon fils y tomba. Je voulus le retenir, mais seuls ses cheveux me restèrent dans la main, et il disparut. Je ne sais pas par quel miracle mon lit et moi-même furent épargnés.>>

Elle montra alors les cheveux de son fils à la jeune nonne.
<<Je les ai toujours avec moi, dans ma ceinture.
Ainsi suis-je devenue nonne; auparavant je ne me souciais guère de la morale, mais maintenant, je me demande toujours de quelle façon je peux résoudre mon kharma.>>



Au plaisir de lire vos réactions à ce conte...


Publié dans bouddhisme - zen…

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Muad' Dib 12/09/2008 18:56

Coucou Mimisan, ce conte est vraiment surprenant et le plus intriguant c'est qu'il est bien difficile d'en tirer une morale raisonnable car le châtiment divin ce n'est pas trop mon truc.Gros bisous et très bonne fin de journée,

Mimisan 13/09/2008 03:13


Tu peux tout simplement y voir que l'interdit, le tabou de la plupart des cultures n'a finalement pas été enfreint.


Hélène 12/09/2008 11:04

Bonjour MimizanCette histoire est très surprenante et tellement éloignée de la morale occidentale !!! Que penses-tu de la notion de karma ? c'est un terme largement dévoyé en Occident où on l'utilise à tort et travers.En ce qui concerne ton commentaire concernant mon âge et l'automne, je me sens pleine de ressources et j'ai plein de projets. Il n'en reste pas moins vrai que je ne me considère ni dans la jeunesse ni dans la vieillesse mais dans une maturité créatrice et confiance. A bientôt de partager avec toi nos ressentis.

:0091: Lili-Flore :0010: 11/09/2008 15:34

ce conte n'a pa attendu Freud pour l'explication. Bonne fin de journée entre soleil et nuages, bigs bisous

clo 11/09/2008 10:57

Cette histoire m' a donné froid dans le dos.Je rejoins tous les com précédents qui parlaient d' inceste, de psy et de mythesPlus le châtiment précédent de justesse la faute. Mais était-ce bien un chtiment ? Peut-être simplement une  "parade"  à un tabou ?Bisous Mimi et bonne journée :)

Bruno 11/09/2008 07:27

La fin n'est pas forcément heureuse mais la morale est respectée. Bonne journée Mimisan.