Hommage à Aimé Césaire: Cahier d'un Retour au Pays natal.

Publié le par Mimisan

Ce grand initiateur de la littérature africaine maintenant si riche, ce chantre de la "négritude" (mot qu'on lui doit), cet homme qui a tant œuvré à redonner aux siens la fierté d'être qui ils sont, ce qu'ils ont, cet homme est parti prendre un repos bien mérité.
Il a également commencé à évoquer un paradoxe qui sera repris et développé par Camara Laye entre autres: pour se libérer du colonisateur, ils étaient obligés d'intégrer la langue, et donc aussi la culture, du colonisateur...

Je lui rends hommage en citant un peu d'extraits du début de <<Cahier d'un retour au Pays natal>> Edition "Présence Africaine"

<<[...]
Au bout du petit matin, sur cette plus fragile épaisseur de terre que dépasse de façon humiliante son grandiose avenir - les volcans éclateront, l'eau nue emportera les taches mûres du soleil et il ne restera plus qu'un bouillonnement tiède picoré d'oiseaux marins - la plage des songes et l'insensé réveil.

Au bout du petit matin, cette ville plate - étalée, trébuchée de son bon sens, inerte, essoufflée sous son fardeau géométrique de croix éternellement recommençante, indocile à son sort, muette, contrariée de toutes façons, incapable de croître selon le suc de cette terre, embarrassée, rognée, réduite, en rupture de faune et de flore.

Au bout du petit matin,  cette ville plate - étalée..

Et dans cette ville inerte, cette foule criarde si étonnamment passée à côté de son cri comme cette ville à côté de son mouvement, de son sens, sans inquiétude, à côté de son vrai cri parce qu'on le sent sien lui seul; parcequ'on le sent habiter en elle dans quelque refuge profond d'ombre et d'orgueil, dans cette ville inerte, cette foule à côté de son cri de faim, de misère, de révolte, de haine, cette foule si étrangement bavarde et muette.

Dans cette ville inerte, cette étrange foule qui ne s'entasse pas: habile à découvrir le point de désencastration, de fuite, d'esquive. Cette foule qui ne sait pas faire foule, cette foule, on s'en rend compte, si parfairement seule sous ce soleil, à la façon dont une femme, toute on eût cru à sa décadence lyrique, interpelle brusquement une pluie hypothétique et lui intime l'ordre de ne pas tomber; ou à un signe rapide de croix sans mobile visible; ou à l'animalité subitement grave d'une paysanne, urinant debout, les jambes écartées, roides.

Dans cette ville inerte et ses au-delà de lèpres, de consomption, de famines, de peurs tapies dans les ravins,de peurs juchées dans les arbres,de peurs creusées dasn le sol, de peurs en dérive dans le ciel, de peurs amoncelées et ses fumerolles d'angoisse.

[...]

Et ni l'instituteur dans sa classe, ni le prêtre au catéchisme ne pourront tirer un mot de ce négrillon sommnolent, malgré leur manière si énergique àtous deux de tambouriner son crâne tondu, car c'est dans les marais d ela faim que s'est enlisée sa voix d'inanition (un-mot-un-seul-mot et je-vous-en-tiens-quitte-de-la-reine-Blanche-de- Castille, un-mot-un-seul-mot, voyez-vous-ce-petit-sauvage-qui-ne-sait-pas-un-seul- des-dix-commandements-de-Dieu)

car sa voix s'oublie dans les marais de la faim, et il n'y a rien, rien à tirer vraiment de ce petit vaurien,
qu'une faim qui ne sait plus grimper aux agrès de sa voix
une faim lourde et veule,
une faim ensevelie au plus profond de la Faim de ce morne famélique>>



... au revoir Aimé, tu n'es pas complètement parti,
ton œuvre est toujours là...



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Joëlle 23/04/2008 18:31

Etant sur place je peux te dire qu'il a eu les hommages grandioses. Certains ont même suivi le cortège jusqu'au cimetière au pas de course sur 5 kms et même des dames agées acrochées au véhicule. Les antillais ne font jamais semblant. C'est impressionant. La vie a été perturbée pendant 3 jours (hommage, veillées, mise en bière ...) et cela a créé beaucoup d'embouteillages.  Sarlo, Ségoleine etc , etc ... C'est leur Victor Hugo à eux !   bise.

jean-marie 23/04/2008 01:37

très beau texte, chère Mimisan...bien choisi pour approcher cette notion de négritude.amitiésjean-marie

Clo 22/04/2008 16:46

Ce texte est de toute beauté...Bisous Mimi :0010:

lory 22/04/2008 11:41

Pour moi, c'es une découverte...au tessin, dans les écoles on étudie  plutot les écrivain italien, ou englais...je vais m'interesser à ces écrivain!bisous

Mam' Soazic 22/04/2008 07:59

Il restera grand au delà de la mort !J'en suis à la troisième page de ma lecture, et je compte bien allar jusqu'au boutBisous et bonne journée