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Vendredi 28 septembre 2007
techo_w3.jpg Je pense que vous reconnaissez le livre de mes souvenirs. Installez-vous bien, aujourd'hui je vous emmène pour une traversée un peu longue et tendue.
Je vous rappelle la situation: je me suis mariée deux mois plus tôt. Mon mari, japonais, a décliné des possibilités de travailler en France pour rentrer au Japon. Nous faisons Marseille ---> Yokohama en navire mixte de ligne des Messageries Maritimes. Durée de la traversée: 43 jours avec des escales très brèves. Nous venons de remonter à bord après une bonne visite de Dakar (---> CLIC si vous n'avez pas vu cet article).
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Voyez la carte: Dakar à la partie la plus renflée de l'Afrique; Durban, de l'autre côté de la pointe du Cap de Bonne Espérance.
10 jours de navigation sans escale nous attendent, dont 8 consécutifs sans du tout voir la terre.
Rien d'autre que le vaste océan si changeant.
Ainsi que les climats rencontrés.
Vous vous doutez bien que nous n'avions pas froid du tout lorsque nous étions dans les tropiques. Nous faisions bon usage de la petite piscine qui d'ailleurs avait été le théâtre de la "cérémonie" du franchissement de la ligne.
Mais aux abords du Cap de Bonne Espérance, nous avons eu quasiment froid. Je suis même descendue à l'endroit où était entreposés les gros bagages avec accès pour aller récupérer un pull dans la malle (oui la traditionnelle malle en bois et aussi la bleu-vert en métal).
Aux abords du Cap, le capitaine nous a fait le cadeau de naviguer au plus près pour que nous puissions voir cette si célèbre portion de la terre. Et le temps maussade, la mer un peu houleuse, d'une houle de fond qui fatigue souvent même les marins aguerris, se prêtaient bien à l'évocation de divers romans pouvant peupler la mémoire.
C'est une après-midi assez excitante que nous avons vécue avec animation, tous rassemblés sur le pont et faisant passer les jumelles de main en main.

Troisième escale: DURBAN
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Mais il y a autre chose qui a beaucoup préoccupé les esprits et on sentait bien la tension monter au fur et à mesure que l'on approchait de l'escale de Durban.

Durban, grande ville de l'Afrique du Sud. Le pays de l'apartheid pur et dur.
A bord, des Français et Françaises, mais aussi un Indien de haute caste, beaucoup d'allure je dois dire, qui rentrait au pays après avoir parfait ses humanités à Oxford; une Ceylanaise très chaleureuse mariée à un Anglais, qui revenait seule au pays pour visiter sa famille; une Française mariée à un médecin indien et sa petite fille de 7 ans qui allait rejoindre Monsieur qui était parti avant pour préparer le terrain; des Japonais; etc...
A l'heure du café, les discussions allaient bon train. Que faire, comment faire à cette fichue escale?
Là, pas de visites organisées à l'escale. Quelques heures, une après-midi si mes souvenirs sont justes, pour visiter la ville par soi-même.

On est prévenus par le commissaire de bord et les hommes d'équipage que pour les formalités une fois descendus à quai, il faut faire attention: il y a la police des frontières et douane pour les White et il y a en une autre pour les Colored, à plusieurs mètres de distance, mieux vaut ne pas se tromper.

Une exception: les Japonais. Et l'histoire du pourquoi est assez amusante.

Deux ou trois ans auparavant, à l'aéroport, l'ambassadeur du Japon était allé aux toilettes. Banal, me direz-vous. Sauf que celles où il est allé,c'était celles pour les White. Intervention de la police etc. Nous voilà bien dans le cas d'un gros incident dipmomatique.
Qui a été réglé de la façon suivante: sur le plan technique et économique, les Japonais étaient très présents en Afrique du Sud; par exemple presque toutes les voitures étaient japonaises, mais il s'agissait aussi d'installations d'usines, d'infastructures etc. Le Japon a alors déclaré que puisque ce pays mettait les ressortissants japonais en prison uniquement à cause de la couleur de leur peau, il n'avait qu'une chose à faire: se retirer de ce pays.
L'Afrique du Sud s'est alors rétracté et a accordé aux Japonais les mêmes droits qu'aux blancs, besoins économiques obligent.

Donc nous les petites dames allemande ou française pouvions passer les formalités avec nos maris, au même endroit.
Un regard légèrement appuyé sur mon mari, mais ça s'est passé sans problème. Ensuite, pas de problème (on n'en a pas cherché non plus) dans la ville.
Par contre notre ami Teizo a d'abord été rabroué, moqué parce qu'on le prenait pour un Chinois. Quand ils ont enfin bien regardé le passeport, ils ont compris que c'était un Japonais et ont arrêté de caricaturer et moquer l'accent chinois qui n'avait rien à voir avec notre ami Teizo.Ce mauvais départ a jeté une grosse ombre sur leur sortie et ils sont revenus très tôt à bord.
De toute façon, Durban n'était pas vraiment une ville touristique. Mais c'était l'occasion de se dégourdir un peu les jambes et l'esprit après cette longue traversée.

Cependant les Indiens, Ceylanais et autres avaient choisi de ne pas descendre. Deux ou trois d'entre eux avaient tout de même fini par descendre sur le quai et regarder les cartes postales disposées dans un tourniquet. Mal leur en a pris: ils se sont fait injurier comme pas possible par le marchand sous l'œil désolé des passagers restés sur le pont.
Quand nous sommes revenus à bord, ils sont tout de suite venus nous demander comment ça s'était passé pour nous. Bien, pas de problème, avons-nous répondu. Mais je crois, maintenant que j'y repense, que le fait qu'à l'époque nous parlions exclusivement français (maintenant c'est l'inverse) avait eu un effet positif pour que mon mari soit moins remarqué en tant qu'Asiatique.

Je peux vous assurer que l'escale de Mombasa était attendue avec d'autant plus d'impatience.

Quatrième escale: MOMBASA
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C'était surtout le plaisir d'être à terre dans une bonne ambiance. J'ai un vague souvenir d'une petite ville paisible; de s'être installés à plusieurs à une terrasse de café, entourés de verdure, et que nous nous sentions très détendus. C'était exactement ce qu'il nous fallait.

Je ne sais plus trop ce qui était chargé comme cargo à Mombasa. Mais je me souviens fort bien que, tout comme à Dakar, un assez grand nombre de passagers indiens est monté à bord pour aller à Bombay. Les couloirs de 2e classe que nous longions pour aller sur l'espace pont qui nous était réservé, pour aller au bar qui s'y trouvait etc, avait changé de physionomie. C'était devenu assez bruyant et ça sentait le curry; ils devaient faire cuire ça sur des petits réchauds dans leur cabine...

Chaque étape avait sa particularité...

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