A partir de vos réactions à "mon mai 68"

Publié le par Mimisan

C'est avec beaucoup d'interêt que j'ai lu vos commentaires au précédent article où je vous racontais quelques uns de mes souvenirs de ce qu'on appelle "mai 68" mais qui en fait a duré plus longtemps, j'y reviendrai.
J'ai répondu à chacun de vous, mais je souhaite reprendre vos interventions ici, parce qu'elles apportent divers éclairages.

Tout d'abord, les personnes chez qui mon récit a réveillé de vieux souvenirs:

Ce fut d'abord Mirabelle:
<
Pourtant j'ai été empêchée ce mai là d'aller au mariage de mon frère le plus proche, sur l'Ile de Ré, à cause des pompes à essence vides, et la robe de la mariée achetée à Reims et envoyée par la poste n'a jamais pu arriver à temps sur l'Ile : il a fallu en trouver une autre en urgence - ce qui fut fait !
Mais c'est vrai, que vu d'ici en 2005, Paris ..., les barricades ..., JP Sartre, le TNP, ça remonte à la nuit des temps ...
Aujourd'hui, "sous la plage, les pavés" : on est moins naïf, plus systématiquement soupçonneux, plus morose, sans aucun doute.
Mais ce n'est rien d'autre que la vie qui change, la vie qui va, la vie qu'il faut enfourcher avec générosité, si rugueuse qu'elle nous paraisse. Disant cela, je ne liquide rien du tout, et surtout pas les défauts propres à notre génération. Les défauts ne sont souvent que les revers de nos qualités, en ce sens on leur doit certains égards, non ?
Merci, Mimisan, de nous remettre en situation ... et pardon d'avoir gardé l'antenne un peu longuement !>>
Beau témoignage complémentaire. C'est vrai qu'il y avait un côté joyeux. Ces années 60 n'étaient pas tristes, crispées tendues, au contraire. Les gens croyaient en l'avenir, le pays était en expansion, la guerre d'Algérie était enfin terminée, la France consolidait aussi son indépendance ("US go home", un tag qui recouvrait beaucoup de murs jusqu'à ce que les bases américaines soient fermées), les discussions allaient bon train pour ou contre la force de frappe à titre préventif...
Ces agitations dans presque tout les pays - étaient vraiment faites en croyant aux lendemains qui chantent.

Jean-Pierre:
bonjour . oui c'est du roman fleuve . Cela a eu le mérite de faire remonter mes souvenirs . Je faisais partie des grèvistes de cette époque . Ça ne nous rajeunit pas tout ça !
Eh oui, ça fait quelques années en arrière, maintenant.
Et un mouvement partie du monde estudiantin à Nanterre qui a gagné tous les secteurs d'activité...

Jackeline:
...oui cela me parle aussi cette période...les grèves, les piquets de grève...pas de travail pendant tout le mois de mai et jusque la première quinzaine de juin...impossible de trouver du ravitaillement, les transports arrêtés et on montait dans des camions militaires réquisitionnés (les appelés du contingent étaient ravis de voir du monde...) pour aller à Paris.. et les AG , les manifs..tout cela je l'ai vécu...et en plus, je me suis mariée en mai 68..lol...
Les journaux ne manquaient pas de montrer des photos des petits trouffions aidant les dames à grimper (n'oubliez pas que le port du pantalon n'était pas si commun que ça, puisqu'il était interdit aux femmes dans les bureaux) dans leur camion de transport de troupe servant cette fois au transport des civils.
Et le mois de mai est le mois des mariages,
notre amie Gradiva était du lot, elle aussi
A la même époque, moi j'ai posé un acte révolutionnaire : je me suis mariée...!!!
A quoi je réplique que se marier, dans le contexte de l'époque, c'était un acte contre-révolutionnaire :lol:

Françoise
Bonjour, je découvre ton blog, et j'ai été étonné de lire ton récit sur Mai 68 car c'est a peu près exactement ce que j'ai vécu, j'avais 20 ans et je travaillais déjà, j'ai fait 6 semaines de gréve, avec manif et rèunion syndicale, j'ai défilé avec mon père qui travaillait chez Renault, à l'Ile Seguin, ça m'a fait tout drole à l'époque, surtout de le voir noir de la tête au pied et un bleu de travail, c'était une bonne époque ainsi que les 10 ans qui ont suivi.
Encore une personne qui estime que c'étaient de bonnes années, et je ne pense pas que ce soit uniquement parce que pourvu d'une petite auréole du fait que c'était nos années de jeunesse. A l'époque, ça voulait encore dire quelque chose "travaille bien pour avoir une situation" C'est plus global: la société était plus positive, plus optimiste, et les gens moins égoïstes. Il y avait encore une pensée collective. Les gens sont devenus d'un individualisme très égoïste et profiteur. J'ai vu les mentalités évoluer particulièrement vite ces 15 années dernières années surtout. Et d'autant plus au Japon.

L'autre type de réaction vient de personnes plus jeunes, voire très jeunes. Un exemple ou deux

Elodie:
Très intéressant ton article sur mai 68! Je ne connais pas du tout cette période la, ni vraiment ce qui s'est passé
Zhealy
Mai 68....Ce doit être étrange à vivre, une période troubles pareille
Je n'en ai jamais vécu...je ne crois pas en vivre un jour..
Loic et Hyun-Jung:
Quelle histoire , merci de nous la faire partager, ça devait être quelque chose. J'espère vivre autant d'aventure :-)
Ce que j'ai envie de dire, c'est que l'aventure, à l'heure actuelle, c'est trouver du boulot et le garder, sinon le quitter pour un mieux rémunéré ou moins exploité... evidemment, dit comme ça, ça manque un peu de grandeur, d'ampleur... mais c'est pourtant souvent une sacrée aventure...

Enfin, il y a les personnes qui en ont entendu parler, mais par bribes et qui ont trouvé là des bribes supplémentaires pour essayer peu à peu de reconstituer le puzzle.

Et le tout dernier, qui va dans le même sens que Tina:
68... tu parles d'une année
Bientôt supprimée du calendrier !!!
Comme je le disais précédemment, je me hâte d'en parler pendant que ce n'est pas encore interdit...

Il y a eu aussi à cette occasion un fait marquant dans l'évolution de la place des médias, de son rôle, du moins le reportage en direct en continue par radio. Les petites radios portatives qu'on appelait des transistors sans être aussi minaturisées que celles que l'on voit maintenant s'étaient cependant beaucoup développées et étaient très utilisées.
Vint un moment où les reporters furent priés d'être moins précis sur les mouvements de troupes: les manifestants étaient informés et contournaient l'obstacle... Nous mêmes à l'abri chez nous suivions beaucoup les infos, y compris pendant les très longues discussions qui ont abouties aux accords de Grenelle.

EDIT: Je me permets de vous conseiller de lire les commentaires qui sont un bon prolongement encore à cet article.
Et si vous ne l'avez pas déjà vu, le premier article sur ce sujet et ses commentaires
---> CLIC.

Avec mes mises en page aérées, mon article parait plus long encore qu'il ne l'est. Pour la peine, je vous offre une petite fleur qui vous montrera aussi qu'il a plu aujourd'hui.


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françoise 24 19/03/2011 23:19



c'est amusant de lire cela!!! moi, MAI 68, je travaillais dans l'armée, au ministère , Boulevard St Germain, tout à coté de la rue de solferino, où le général de Gaulle avait ses bureaux !!!!,
mon mari, venait de finir son service militaire, et nous avions deux enfants, nés en  66 et mars 68 !!!!pas trop de nourriture et beaucoup de soucis d'argent !!! mais, nous étions jeunes !!
et ça, c'était formidable!!!!



Marie-Thérèse et Alain 28/05/2008 19:01

En préambule je voudrais dire que notre vie d'aujourd'hui est la résultante d'un historique plus ou moins lointain et que chaque mutation de sociéte a engendré ses excès, si 68 n'a pas été une révolution cette époque a cependant modifié la vie; bien entendu il faut remettre les choses dans leur contexte....Je vais maintenant simplement vous raconter une anecdote; en 68 je travaillais et malgré les pressions des grévistes je n'ai pas arrêté un seul jour, pas que mes idées étaient contraires à certaines des leurs, mais simplement parce que mon travail, j'étais le seul à le faire et ce que je ne faisais pas aujourd'hui il était à faire le lendemain et personne ne pouvait m'aider, alors il fallait le faire....J'étais en province dans un port et tout était arrêté, bien entendu plus d'essence, sauf que proche de la Belgique une station était approvisionnée chaque jour et chaque jour je passais compléter le réservoir. Les nuits j'étais avec le transistor à l'oreille pour écouter Europe1 en direct des barricades, il ne fallait pas empêcher ma mère de dormir car elle revivait les grèves de 1936 et trouvait beaucoup de similitudes et avait la crainte de toute cette agitation. Donc arrive la fin de mai et comme je suis d'un naturel à vouloir juger par moi même, je décide de descendre à Paris, j'avais l'essence pour faire l'aller retour.Arrivé dans la capitale, on circulait comme un 15 août, sans problème, je me dirige vers le quartier latin que j'aime tant, visiteur privilégié dans la capitale vide en ce dimanche matin de bonne heure, arrivé à proximité des "rues chaudes des barricades" je constate quelques dégâts et lorsque je vais arriver au coeur du quartier, je double un car de CRS dans un virage et je me retrouve le nez de la voiture avec un autre car devant moi, puis dans le rétroviseur je vois que je suis suivi par un troisième car, je suis donc entourré de cars et ne puis m'en dégager rapidement, nous avons roulé un petit moment comme ça, puis trouvant que j'étais "trop en sécurité" lorsque j'ai pu me dégager j'ai pris une petite route et j'ai quitté le quartier latin. Ma curiosité n'a pas été satisfaite, mais je n'ai pas pris de risque.Cette petite anecdote uniquement pour sourire et voir 1968 par le petit bout de la lorgnette.Alain*

Dolly 20/02/2008 20:20

A lire d'urgence dès le 26 mars 2008, l'analyse du philosophe Vincent Cespedes ! Son nouvel essai, "Mai 68 - La philosophie est dans la rue" (éd. Larousse) révolutionne la vision que l'on a de Mai-68. Je l'ai lu en avant première : c'est jouissif et politisant. Idéal en ces temps de "pipolitique" (le mot est de lui) sarkozienne !Son site > http://www.vincentcespedes.net

Mimisan 22/02/2008 18:07

Merci pour ces informations :D

Véro 16/06/2007 21:18

Décidément Mimi avec tous ces commentaires plein d'intérêt, je vais m'arrêter là pour ce soir. Mais je reviens. Mon lycée n'étais pas mixte non plus. Assez curieusement avec le recul, je trouvais ça chouette d'être entre filles. Il faut dire qu'à la maison, je n'avais que des frères. Nos profs nous encourageaient à nous exprimer sur le sujet, la prof de français allant même jusqu'à puiser les sujets de dissertation sur les murs de Nanterre.Le pantalon n'était pas interdit à l'école. Par contre j'ai rangé dans un tiroir mes soutien-gorges, je pouvais me le permettre c'était du 75 ;-) Véro

Mimisan 17/06/2007 03:35

J'ai été très agréablement surprise de voir commme ce sujet avait entrainé de très riches échanges.

Michel 21/05/2007 13:31

Moi je me rappelle qu'en mai 68 je devais passer un BTS agricole à Toulouse mais comme tout était bloqué j'étais revenu dans la Sarthe chez mes parents en stop.Mais au bout de quelques jours je me suis inquiété de savoir à quelle date seront les examens. Mais comment faire ? Même la poste ne marcahit pas. J'ai finalement été voir les gendarmes qui ont transmis de postes en postes ma demande à mon école et la réponse est revenue par le même circuit mais en sens inverse. Et j'ai su la réponse à ma question par les gendarmes eux-mêmes.Voilà ma petite histoire.